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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Mai - Mille ans de vigne à Meursault

11 H 138

 

À la Noël 1098, le duc Eudes de Bourgogne fait don de sa première vigne à l’abbaye de Cîteaux, fondée quelques mois auparavant par Robert de Molesme. L’acte raconte : « en présence de la foule nombreuse des grands du duché, il donna une vigne qu’il tenait en propre près du château de Meursault à (...) Robert, abbé du nouveau monastère, à l’usage des frères qui y servent Dieu ».
Eudes meurt quelques années plus tard à la croisade ; il choisit de se faire inhumer à Cîteaux, qui devient la nécropole de la dynastie capétienne des ducs de Bourgogne.
La notice de ce mémorable cadeau de Noël est le plus ancien document original relatif à la culture de la vigne à Meursault.

Monastique, puis aristocratique et bourgeoise, puis simplement vigneronne, la vigne de Meursault est documentée par les textes depuis près de mille ans. Si les archives ne permettent pas savoir quel goût eurent les vins murisaltiens depuis 10 siècles, elles racontent l’histoire des parcelles, de leurs vignerons, de leurs productions, de leur qualité.
L’histoire de ces vignobles d’exception réservent quelques surprises, dont la moindre n’est pas la grande place du vin rouge jusqu’au siècle dernier, dans ce qui est aujourd’hui le terroir de prédilection des amateurs de « grands blancs ». Ces documents d’archives ont fait l’objet d’une présentation dans la salle de lecture des Archives départementales lors de la soirée de « dégustation de vin et d’archives de Meursault », le 31 mars 2023, en collaboration avec Adrien Tirelli, maître-caviste.

 

1. La première vigne de Cîteaux : un don du duc Eudes Ier de Bourgogne (Noël 1098)

Né vers 1060, Eudes, fils de Henri, le fondateur de la dynastie capétienne des ducs de Bourgogne, part à la croisade en 1102 et il meurt en Orient. Un jour de Noël, « en présence de la foule nombreuse des grands du duché, [Eudes avait donné] une vigne qu’il tenait en propre près du château de Meursault à (...) Robert, abbé du nouveau monastère, à l’usage des frères qui y servent Dieu ». Il s’agit de Robert de Molesme, le premier abbé de Cîteaux, abbaye fondée en 1098.
C’est donc à la Noël suivante que le duc fait ce don à l’abbaye, où il sera d’ailleurs inhumé, et ses successeurs à sa suite, ce qui fera de Cîteaux la nécropole de la dynastie capétienne des ducs de Bourgogne.
La notice de ce mémorable cadeau de Noël est le plus ancien document original relatif à la culture de la vigne à Meursault.
Il précise que Hugues II, fils et successeur d’Eudes Ier, obtient d’Hugues de Chevigny qu’il cède à l’abbaye la dîme qu’il perçoit sur cette vigne, le duc compensant ce manque à gagner par une rente annuelle de 10 sous.
Le château de Meursault s’élevait à l’emplacement actuel de la place de l’hôtel de ville, de sorte que l’on peut imaginer que ce clos original corresponde à l’actuel « Clos de Cîteaux » ou « Vieux clos du château de Cîteaux », situé... rue de Cîteaux.

11 H 881

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ADCO, 11 H 881

 

2. Hugues le Roux, fils du duc de Bourgogne, donne à Cîteaux tout son clos de Meursault (1168, avant le 17 octobre)

Hugues le Roux (1122-1171), seigneur du châtelet de Chalon, est l’un des fils d’Hugues II duc de Bourgogne. Il fait don de « son clos à Meursault », sans contrepartie, à « l’église de Cîteaux ».
La donation est authentifiée par un acte de Pierre, évêque de Chalon ; les témoins sont dignes de confiance : l’évêque d’Autun, des chanoines de Chalon, d’Autun et de Beaune, le chapelain du châtelet, le prévôt de Givry, etc.,
Le « châtelet » de Chalon est le château ducal, qui occupait la place d’une porte de l’enceinte romaine, au sud-est de la ville. Il fut occupé au XVIIIe et XIXe siècle par les prisons (Hervé Mouillebouche).
Le préambule de cet acte pourrait être la devise des notaires et des archivistes : « Puisque, par la succession des temps, ce qu’ont fait nos ancêtres s’efface facilement de la mémoire ou tombe dans le néant, à moins d’être mis par écrit et confirmé par des témoins... »
On peut supposer que cette vigne correspond sans doute à peu près au climat appelé « Le Cromin » (Jean Marilier).

11 H 881

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ADCO, 11 H 881

 

3. Sybille de Bourgogne approuve le don fait par son mari Anséric de Montréal à l’abbaye de Cîteaux (1189)

Anséric IV de Montréal (vers 1150-1191) épouse en 1170 Sibylle de Bourgogne, dame de Meursault, fille d’Hugues le Roux. Sibylle lui apporte en dot plusieurs terres assez considérables dans le Dijonnais ainsi que des fiefs à Meursault. Elle approuve ici les dons faits par son mari, puisqu’il s’agit de biens de son chef : le « clos de Meursault », la « moitié d’un clos » que son mari avait reçu et le droit de prendre chaque semaine trois charretées de bois de chêne dans un bois appelé « Silvata ». Avec cette nouvelle donation, l’abbaye renforce sa présence vinicole à Meursault.

11 H 881

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ADCO, 11 H 881

 

4. Bornage pour régler un conflit à propos de Blagny entre l’abbaye de Mézières et les quatres enfants de Guillaume de Reullée (Février 1299 a. st.)

L’acte détaille le nom des vignes : « Pequin », « des enfants Pilon », « Collano », « Maitre » ; il évoque la « rue des Moines », la « maison de Blagny », le « bois de Blagny » et le bois de « Li Tope » (ce dernier situé juste « derrière la maison de Blagny »), le « grand clos ». Comme on le voit, tous les noms de climat de la fin du XIIIe siècle ne sont pas parvenus jusqu’à nous.
Les religieux auront le droit de « poser les bans » et donc de vendanger aux dates qui leur conviendront.
Ce document (copie du XVIIe siècle) est issu du fonds Blancheton, inventorié en 2021, et qui est une source précieuse pour l’histoire des seigneuries (et donc des communes actuelles) de Meursault et Saint-Romain.

52 F 493

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ADCO, 52 F 493

 

5. Achat par Philibert de la Porte d’une vigne «A Lormot» (En l’Ormeau) (1343)

La vendeuse s’appelle Jeannette, elle est l’épouse de Jean dit Rugeoul, de Meursault. Cette vigne est située entre une vigne de l’abbaye de Cîteaux (les archivistes de l’abbaye écrivent au recto « une vigne près les nostres » et, au verso, « juxta nostram ») et celle de Marguerite, femme de Periset dit Budou.
L’acte ne nous renseigne pas sur l’appartenance sociale des parties, dont les surnoms (annoncés par le terme « dit », en latin « dictus ») vont devenir progressivement les patronymes que nous connaissons. Peut-être le climat « Les Rougeots » est-il un souvenir de ce sobriquet de  Rugeoul ?

11 H 882

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ADCO, 11 H 882

 

6. Adjudication par décret à l’abbaye de Cîteaux de cens et de rentes assis sur des vignes de Meursault (2 mars 1494)

Cet acte spectaculaire, long de plus de 3 m et large de 55 cm, est formé de 6 parchemins cousus entre eux. Il fourmille de détails sur les microtoponymes de « Murresault », comme on disait alors, à la fin du XVe siècle : terres, prés et vignes. Parmi les vignes citées, certaines existent encore : « En Porusot » (Le Porusot, Le Porusot Dessus, Les Porusots Dessous : 1ers crus), « pres de la vigne blanche » (Les Vignes Blanches), « En Malporrey » (Les Malpoiriers), « En Charme » (Les Charmes Dessus, Les Charmes Dessous : 1ers crus), « Sous la Ville » (Sous la Velle), « Ou Crottot » (Les Crotots), « En Tillay » (Les Tillets). D’autres ont disparu : « En la rue du Merterot », « La Bonfrere », « Ou Puys Benoist », « En la Piture », « En Fourneaul », « Sur le Beneaul ».
Même si la microtoponymie viticole de Bourgogne a une histoire d’une exceptionnelle longévité, ce document hors-norme par sa taillle et sa richesse en informations montre que certains noms de climats du XVe siècle ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

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ADCO, 11 H 888


7. Terrier des biens de Cîteaux à Meursault et Monthelie (1528-1572)

Initialement établi entre 1528 et 1530, ce document de gestion a été prolongé jusqu’en 1573. Il recense, pour chaque parcelle appartenant à l’abbaye (soigneusement localisée par rapport à ses voisines), le nom du tenancier (c’est-à-dire de l’exploitant) et donne le détail de la redevance féodale due aux moines.
Cîteaux ne possède pas que des vignes à Meursault, mais aussi des terres arables, des meix, des courtils et des prés.
Plusieurs « lieux-dits » sont aujourd’hui encore des noms de climats : « En Maserey » (Clos de Mazeray, f. XX, XXI, XXIVv, XXXIVv), « Le Cloux de Cisteaul » (Le Clos de Cîteaux, f. XXV), « En Crebin » (Les Corbins, f. XXXI), « Devant le Molin de Velle (Sous la Velle ?, f. XXXVII), « Es Arbues » (Les Herbeux, f. XXXIXv)
Mais certains lieux-dits ont en revanche disparu des appellations officielles :  « En Sarberon » (f. XXVIv, XXXVIII), « Ou petit Veneaul » (f. LII).
Vincent et Jehan Cugneaud confessent tenir 18 ouvrées de vignes « Es Perrieres ». Leur parcelle jouxte celles de l’abbaye Saint-Symphorien d’Autun et des héritiers de Lazare Ledone aussi d’Autun ; elle est bordée par le grand chemin de Beaune à Couches. Ils s’engagent à payer annuellement, à la Saint-Martin d’hiver (11 novembre), « ung quart de vin vermeil bon, peur, nect, loyal et marchant du treu (pressoir) de ladicte vigne envaisselée en bon vaisseaul neufz tenant mesure et moison de Beaune », avec deux deniers de cens (f. XXIv-XXII). Cette parcelle des Perrières produisait donc, en 1528, du vin rouge, conditionné en fût neuf. Il est difficile de savoir auquel des quatre climats actuels (Les Perrières Dessus, Les Perrières Dessous, Aux Perrières, Clos des Perrières et Les Chaumes des Perrières) correspond exactement ce lieu-dit de 1528.

11 H 872

11 H 872
ADCO, 11 H 872

 

8. Terrier des biens d’Antoine de Silly, comte de la Rochepot et seigneur de Meursault (1608-1609)

Sous l’Ancien Régime, les religieux ne sont plus les seuls propriétaires de vignes. Antoine de Silly est un officier au service du roi Henri IV ; il est titulaire de quantité de seigneuries en Bourgogne. Ce qui concerne sa seigneurie de Meursault occupe la fin du registre, à partir du f. 242. On y trouve des listes d’habitants, puis des précisions sur le droit de rouage dont doivent s’acquitter ceux qui transportent par charrois le vin vendu en gros (sauf s’il est de leur cru, f. 261) et sur le droit d’asseoir les bans de vendanges dans tout le finage de Meursault (f. 263), qui revient au seigneur. Les signes patibulaires (potence) sont érigés « vers le bois de Mypont ou ez Criots » (f. 255v).
Les climats mentionnés diffèrent sensiblement de ceux qui figurent aux terriers de Cîteaux, ce qui est logique. C’est en confrontant les terriers des différents propriétaires du foncier que l’on peut se faire une idée globale de la vigne à Meursault : « En la Toppe Naudinot », « En Millierand » (Les Millerands), « Au Cloux de Monsieur », « En Genevrier » (Les Genevrières) (f. 323), « Es Pallan » (Les Pellans).

52 F 150

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52 F 150

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ADCO, 52 F 150

 

9. Terrier des biens de Cîteaux à Meursault et Monthelie (1665)

Périodiquement les seigneurs, laïques comme ecclésiastiques, renouvellent leurs terriers : c’est l’occasion d’une remise à plat des propriétés et de leurs tenanciers.
On voit aussi l’évolution agricole : par exemple, le lieu-dit « Au Pasquerot », qui « souloit estre une terre » (c’est-à-dire qui était une terre cultivée), est désormais reconnu comme une vigne. Étrange destin d’un lieu dont l’étymologie évoque plutôt le pacage des bêtes, qui est ensuite labouré puis planté de vigne.
Là encore on peut suivre le destin de lieux-dits correspondant ou non à des climats actuels : « Le Grand Veneaul », « Sur le clos de Cisteaux », « En Arbeus » (Aux Herbues), « Au Veneau », etc.

11 H 876

11 H 876

11 H 876

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ADCO, 11 H 876

 

10. Récoltes de raisin et vente de vins de la famille de La Mare à Meursault (1773-1792)

Pour chaque année, un tableau présente le « nom des endroits » (climats), le nombre d’ouvrées, le nombre de paniers vendangés (en distinguant le rouge du blanc) et la « qualité du vin ».
En 1776, par exemple : les 6 ouvrées de « Sous le Château » ont permis de récolter 28 paniers qui ont produit un « bon vin rouge » ; les 4 ouvrées « Aux Nervaux » ont permis de récolter 7 paniers qui ont produit un « bon blanc 1e cuvée ». On distingue, pour la gamme de qualité des vins, le petit, le bon, ainsi que, mais uniquement pour les blancs, la première et la deuxième cuvées.
En 1784, la récolte se répartit en 185 paniers de rouge et 207 de blanc. Jusqu’au XIXe siècle, le rouge a une grand importance à Meursault. En 1792 on produit 11 pièces de bon vin blanc, 12 de « passetout grain », 6 de « gamet rouge » et 2 de « gamet blanc ».
La famille de La Mare possède des vignes dans les climats suivants : « Dans le Meix », « Aux Herbues », « Sous le Chemin », « Au Vetrusot », « Au por Benoit », « Au Baladin », « Sous le Château », « Sous la Velle », « En Millerand », « Aux Charmes », « Au Pérusot », « En la Bruchère », « Au Nerveaux », « En Genevrière », « Sur le sentier de Couche », etc.
La comptabilité de la vente du vin est moins claire, car les opérations comptables se suivent sans se ressembler, ce qui rend difficile une analyse homogène. Par exemple : « janvier 1781, vendu au sieur L. de Saint Jean de Losne la quantité de de 17 pièces 3 feuilletes de rouge passetout grain 1780 au prix de 100 livres ce qui fait 924 livres ».

44 F 541
ADCO, 44 F 541

 

11. Plans de plusieurs climats (Fin XIXe siècle)

Ces dessins sur une toile enduite, tirés du cadastre napoléonien, donnent une vue approfondie des climats suivants : Le Porusot dessus, Les Pelles dessous, Les Luchets, Au Moulin Judas, Village, Le Meix sous le Château, Les Corbins, Les Dressoles, En l’Ormeau, Sous la Velle, Es Millerans, Es Grandes Coutures, Es Basses gouttes, Es Pellans, Murgey de Limozin, Les Perrières dessous, Les Genevrières dessous, Charmes dessus, Le Buisson de Certant, Le Limozin. Certains comportent une mention de vente à la fin du XIXe siècle.

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ADCO, 1 J0 483

 

12. Fiche d’encépagement de l’EARL Vincent Bouzereau (1994)

Les archives versées par l’Office national interprofessionnel des vins (ONIVINS, devenu depuis 2009 FranceAgriMer) donnent les fiches d’encépagement de tous les producteurs.
Sans surprise, le chardonnay règne en maître (Sous la Velle, Les Durots, Les petits Charrons, et Les Gorges de Narvaux : les deux derniers étant en appellation Meursault), mais la Corvée est plantée en aligoté. Dans cette situation arrêtée à la date du 30 août 1992, toutes les vignes de Vincent Bouzereau à Meursault ont été plantée en 1989, ce qui n’est pas le cas de certaines de ses vignes de Monthelie, plantées quant à elles en 1945.
Meursault est bien devenu le terrain de prédilection des « grands blancs » !

2014 W 25

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ADCO, 2014 W 25

 

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