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Février - Pour copie conforme : l'accord chirographique de 1185

Du Xe au XIIe siècle, et jusqu’au premier quart du XIIIe siècle, les chancelleries européennes ont développé une forme de certification des actes privés assez originale, qu’on appelle le « chirographe ». Elle consistait à écrire deux fois la même charte sur une seule feuille de parchemin, et à séparer les copies en coupant la feuille en deux, à travers un mot, une phrase, voire un dessin représenté au milieu de la feuille. Ce motif découpé est souvent composé soit les lettres de l’alphabet, soit du mot latin « cyrographum ». Il signifie primitivement « écrit à la main » et il désigne en droit romain une reconnaissance de dette. La ligne coupée en deux porte le nom de « devise », car elle est destinée à être « divisée ». Les deux documents formaient alors un « symbolôn » et pouvaient être rapprochés l’un de l’autre en cas de doute ou de litige.

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Ces chartes jumelles, qui font l’objet depuis peu d’un regain d’intérêt chez les diplomatistes, sont relativement nombreuses ; on en dénombre vraisemblablement plus d’une centaine dans les archives de la Côte-d’Or. En revanche, il est assez rare de pouvoir retrouver et réunir les deux moitiés du chirographe original et de pouvoir en reconstituer la « devise ». Cet exercice, outre la satisfaction d’accomplir un acte retardé depuis 800 ans, permet également de mieux comprendre le mode de fabrication de ces chirographes.

Sainte-ChapelleLe document présenté ici est un accord passé en 1185 à Dijon entre la vieille abbaye de Saint-Étienne et la nouvelle fondation ducale, la future « Sainte-Chapelle ». Il s’agit alors d’une chapelle pour dix chanoines, fondée avec privilège pontifical en 1172. Malgré l’appui ducal, le nouveau couvent peine à s’installer et semble sur le point de disparaître dix ans après sa création. Par cet accord, les derniers chanoines de la chapelle ducale obtiennent des exemptions de cens et de dîmes sur leur propriété, mais ils acceptent de n’avoir ni paroisse ni cimetière, ils ne peuvent prendre l’habit et recevoir les ordres qu’à Saint-Étienne, et ils doivent prêter hommage à la prestigieuse abbaye.

D’un point de vue formel, le document est un chirographe « superposé » : les deux textes ont été écrits l’un au-dessus de l’autre, dans le même sens. Il se distingue des chirographes superposés antipodiques (écrits en miroir), divergents ou convergents, et des chirographes juxtaposés, avec devise verticale. La disposition superposée favorise l’identité des textes (le copiste a sous les yeux le premier texte quand il recopie le second), mais aboutit à deux objets d’aspects assez différents, puisque l’un présente la demie-devise en marge inférieure, et l’autre en marge supérieure.

G 219-1149Les deux dispositifs offrent ici une ressemblance quasi parfaite. Les textes sont bien sûr identiques au mot prêt, mais la mise en page et les abréviations sont également très ressemblantes. Les deux textes sont disposés sur 19 lignes, et les coupures de fin de ligne sont quasiment identiques (à deux exceptions près : la 2e et la 5e ligne du premier texte comptent une syllabe de plus, et comportent donc une césure qui n’a pas été reportée sur le second texte). Les abréviations sont quasiment les mêmes dans les deux chartes. Seulement, pour égaliser ses lignes, le scribe ajoute parfois des abréviations en fin de ligne du deuxième texte (l. 1 : domini /dni) ou au contraire agrandi les espaces (l. 8 : religionis – in). Les majuscules, notamment les initiales en gras, sont identiques dans les deux moitiés du chirographe. En revanche, les « e » cédillés (ę), qui servent au xiie siècle à transcrire la diphtongue « æ » sont utilisés assez irrégulièrement et sont souvent oubliés dans l’une ou l’autre charte. Au final, on peut donc s’amuser à jouer au jeu des 7 erreurs entre les deux textes : mais il faudra beaucoup de patience pour déceler ces quelques traces d’inadvertance !

Les textes remplissent parfaitement la surface des deux parchemins, avec des marges latérales assez fines, des replis en haut de la première et en bas de la seconde, et une petite marge entre le dispositif et la devise. Cette mise en page, si facile à obtenir sous traitement de texte, est une gageure pour un manuscrit médiéval, et elle témoigne de la haute qualité de la chancellerie qui a produit ce document. Pour remplir si parfaitement l’espace, on pourrait supposer que le scribe a rédigé la première charte en laissant en haut une marge pour le pli, puis a copié la devise, puis la deuxième charte en respectant les sauts de lignes de la première, et enfin a coupé la base du document à bonne dimension, en laissant une marge pour le pli inférieur. En fait, l’observation attentive de la réglure montre au contraire que le scribe ne s’est pas laissé de marge de sécurité en bas de page. Au contraire, il a calculé et anticipé la mise en page, en prévoyant 19 lignes d’écriture par texte.

En effet, le parchemin a été préparé par le tracé de traits à la pointe sèche. Ils sont espacés de 11 mm, et limités par deux traits verticaux à gauche et à droite. Les amorces des traits horizontaux sont marqués par des piqûres traversantes, qui ont été apposées soit à partir d’un patron (type peigne ou poncif), soit plutôt par une roulette à pointe (les trous sont oblongs verticaux). Or, la série de piqûres ne couvre pas toute la feuille originale : elle commence à 20 mm du bord supérieur et s’arrête à 16 mm du bord inférieur. Le scribe a donc dessiné 45 lignes, mais n’a tracé ni point ni trait près des bords supérieurs et inférieurs, destinés à être repliés. Il est donc fort peu probable qu’il se soit gardé une marge de sécurité en bas de feuille. Plus certainement, il a réalisé avant la mise au propre un brouillon mis en forme, pour connaître l’espace exact qui serait utilisé pour les deux textes.

Le premier texte commence sur le 3e trait, et s’arrête à l’extrémité droite du 21e trait, qu’il remplit totalement. La devise occupe un double interligne entre le 22e et le 24e trait, et le second texte s’étend du 25e au 43e trait. Le pli inférieur recouvre les deux derniers traits et utilise l’espace final non ligné, symétrique de la marge de tête.

La mise en page de la devise est particulièrement soignée. Elle est écrite en littera longua (lettres allongées), imitées des premières lignes des privilèges pontificaux. Le texte (CYROGRAPHUM COMPOSITIONIS INTER ECCLESIAM BEATI STEPHANI ET CAPELLAM DUCIS AMEN) court d’une marge à l’autre. Pour remplir toute la ligne, le scribe a d’ailleurs joué sur la largeur et l’espacement des lettres. Les premiers mots sont très serrés, puis les lettres deviennent plus larges et plus lisibles sur la deuxième moitié de la ligne, et les lettres du dernier mot « AMEN» sont même légèrement décorées, ce qui est plutôt un procédé pour allonger la ligne qu’un acte de piété. Comme la devise est écrite sur deux interlignes, le trait central servait de ligne de découpe naturelle du chirographe. Pour que les deux moitiés restassent relativement lisibles après découpe, le scribe n’a pas hésité à déformer certaines lettres : les H et les A sont dessinés avec des doubles barres horizontales, de manière à ce que ces barres soient présentes sur chaque demie devise. Ce procédé est rarissime. On ne le trouve en Europe que dans les chirographes de Fontenay, ce qui témoigne peut-être d’une inspiration régionale.

Chaque espace entre les mots de la devise est décoré par trois groupes de trois points disposés en triangles équilatéraux. En général, le triangle supérieur est orienté pointe en bas, avec la base sur le trait supérieur, le triangle inférieur est pointe en haut avec sa base sur le trait inférieur, et le triangle médian est traversé par la ligne de coupe. Pour équilibrer au maximum les deux moitiés de la devise, le scribe a eu l’idée d’orienter ces triangles médians alternativement vers le bas et vers le haut, de manière à ce que chaque charte reçoive alternativement un et deux points. Mais ce beau programme a souffert de quelques négligences, notamment en début de ligne ; le premier tri-point supérieur est trop bas, le tri-point médian du deuxième intervalle, qui devrait être pointe en bas, est pointé vers le haut, tout comme le tri-point supérieur du même espace, seul de sa série à ne pas être pointe en bas.

Devise du chirographe

La coupure du chirographe suit assez nettement la ligne centrale et passe au centre des motifs, sans pourtant être parfaitement rectiligne. La séparation semble donc plutôt avoir été réalisée avec une paire de ciseaux qu’avec un couteau et une règle.

Outre cette devise particulièrement sophistiquée, le chirographe de 1185 présente encore deux particularités qui en font un document quasi unique : le repli supérieur de la charte supérieure, et le nombre différent de sceaux sur les deux chartes.

Les chartes superposées, dont nous avons vu les avantages, posent néanmoins un problème de scellement. La charte inférieure, qui porte le chirographe en haut, reçoit toujours les sceaux en position basse, parfois sur un repli, comme notre charte. Cette charte inférieure offre donc une meilleure présentation que l’autre moitié, et il n’est pas étonnant que cette « belle charte » ait été attribuée à Saint-Étienne : c’est en effet l’abbaye demandeuse, et celle qui obtient les avantages du procès. C’est elle qui est citée en tête dans le dispositif et dans la devise, et, sans doute, c’est sa chancellerie qui a rédigé ce document.

Pour les chirographes de partie supérieure, en revanche, la marge basse est occupée par la devise ; dans la plupart des cas, les sceaux pendent sur la devise, avec des incisions pratiquées entre le texte et la devise. Mais cet emplacement interdisait alors de rapprocher les deux parchemins bord à bord. Certains chirographes déportent alors leurs sceaux sur les marges latérales, toujours entre le texte et la devise. Dans le chirographe de Dijon — et c’est à notre connaissance le seul cas connu — le scribe a pris le parti de pratiquer un pli sur la marge supérieure et d’y insérer les sceaux : ceux-ci se dressaient donc comme des antennes au-dessus de la charte, ou bien, si on voulait présenter la charte « à l’endroit », c’est le texte qui se trouvait écrit à l’envers… On comprend que le procédé n’ait guère fait d’émules.

La deuxième curiosité est de voir des encoches pour quatre sceaux sur la charte basse, et de cinq sceaux sur la charte haute. Cette différence de nombre s’accompagne d’une différence de gestion de l’espace. En bas, les quatre sceaux sont répartis à peu près équitablement (avec un espace un peu plus grand au centre) sur l’ensemble de la largeur, alors qu’en haut, les cinq encoches se serrent vers le centre de la feuille. Cette disposition dissymétrique tend à prouver que la charte a été partagée avant d’être scellée, laissant à chaque partie le soin de choisir ses sigillants.

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G 126 CARTULAIRE 22D’ailleurs, le dispositif de la charte ne mentionne aucun sceau. Les clauses roboratives rappellent que les serments ont été faits entre les mains de Garnier abbé d’Auberive, Belin sacriste de Langres et doyen de Neuilly, et Arnaud doyen de Chagny. Les témoins sont Aymon abbé de Saint-Bénigne, Hugues prieur de Til-Châtel, Robert de Pesmes, Pierre et Zacharie, cisterciens : soit trois garants et cinq témoins.

Un vidimus (c’est-à-dire une copie certifiée) de l’acte de Saint-Étienne rédigé en 1300 décrit les quatre sceaux inférieurs : le premier, portant le mot « Alba », est sans doute celui de l’abbé d’Auberive. Le second est celui du couvent de Saint-Étienne de Dijon ; le troisième porte le nom de Nicolas, doyen de la chapelle de Dijon. Le dernier, qui porte d’effigie de la Vierge, mais dont la légende est effacée, pourrait être le sceau du couvent de la chapelle ducale ou du prieur de Cîteaux. En revanche, nous n’avons aucune information sur les sceaux de l’acte supérieur, qui a été conservé dans les archives de la Sainte-Chapelle. Il est vrai que, l’acte n’étant pas en leur faveur, les chanoines du duc avaient soigneusement évité de le recopier dans leur cartulaire.

Edition

1185 a. st.

Chirographe. Accord passé entre les religieux de Saint-Étienne et les chanoines de la chapelle du duc. L’église de Saint-Étienne touchera une prébende entière de la chapelle qu’elle fera desservir par un chanoine ou un prêtre séculier. Si un chanoine vient à décéder, l’église de Saint-Étienne jouira de sa prébende pendant un an. Les deux églises feront réciproquement les obsèques des morts des deux communautés. La chapelle n’aura ni cimetière, ni paroisse. Les chanoines de la chapelle, à l’heure de leur mort, ne pourront se faire enterrer ailleurs qu’à Saint-Étienne, à moins de pouvoir gagner un autre lieu par leurs propres moyens. Les maisons des chanoines et les dépendances de la chapelle seront franches de dîmes et de cens, de même que les vignes de la chapelle. Les chanoines et les doyens nouvellement élus se prêteront mutuellement hommage de fidélité.

Nicolas, doyen de la Chapelle, et Milon, abbé de Saint-Étienne, promettent le maintien de cet accord ménagé par Garnier, abbé d’Auberive, Belin, sacriste de Langres, Arnaud, doyen de Chagny. Témoin Aymon, abbé de Saint-Bénigne, Hugues prieur de Til-Châtel, Robert de Pesmes, Pierre, prieur de Cîteaux, et Zacharie, moine de Cîteaux.

 

A1. Original sur parchemin, chirographe superposé, partie supérieure, 282 x 250 plus pli de 18 mm en haut, avec en son bord inférieur la devise dont on voit le haut des lettres ; jadis scellé de cinq sceaux sur double queue de parchemin, ADCO, G 1149 (Fonds Sainte-Chapelle contre Saint-Étienne).

B1. ADCO, G 1217 ; cartul. 37 (titres de la fondation de la Sainte-Chapelle, xviie s.), f° 19 v° - 20 v°.

A2. Original sur parchemin, chirographe superposé, partie inférieure, 282 x 249 plus pli de 16 mm en bas, avec en son bord supérieur la devise dont on voit le bas des lettres ; jadis scellé de quatre sceaux sur double queue de parchemin, ADCO, G 219 (fonds Saint-Étienne, conflits avec la Sainte-Chapelle).

B2. ADCO, G 126, cartul. 22 (Deuxième cartulaire de Saint-Étienne, copie du XIIIe s.) f° XXII v° (en rouge : Compositio prima inter ecclesiam sancti Stephani et capellam ducis Burgundie )

 

a2. Fyot, Histoire de Saint-Étienne, 1696, p. 152-153, n° 244 (Ex autographo Stephaniensi.)

b2. Valat, Chartes de Saint-Étienne… (1907) p. 97-99, n° 86 (d’après G 219)

c2. Guillemard, Enquête de l’an 1300 [Chartes de Saint-Étienne, t. 12] (1908), p. 238. Vidimus de 1300 : « Cui predicte littere quarte appensa erant quatuor sigilla, de cera communi, cum quatuor cartulis pendentibus, formarum oblungarum, in quorum primo erat sculptura seu impressio cuiusdam hominis, admodum clerici inducti vestes sacerdotales, tenentis in manu dextra quemdam crociam et in sinistra librum, et in circonferentiis ipsius hee littere solummodo legi poterant, videlicet: « + Sigillum alba. » In secundo vero sigillo erat impressio cuiusdam hominis, admodum sancti inducti quoddam indumentum ad instar cuiusdam dalmatice seu tunicelle ut videbatur stantis genibus flexis, et super caput ipsius erat quedam manus ex cuius anteriori parte videbatur impressio cuiusdam lune, ex posteriori vero parte eiusdem videbatur impressio cuiusdam stelle, et in circonferentiis ipsius sigilli hee littere legebantur: « + Sigillum sancti Stephani diuionensis.» In tertio autem sigillo erat impressio cuiusdam hominis, admodum clerici inducti vestes sacerdotales, tenentis in manu dextra librum junctum petiori et in sinistra manu palmam et in conferentiis ipsius hee littere legebantur scilicet: « + Sigillum Nicolai decani capelle ducis diuionensis. » Et in quarto sigillo videbatur impressio beate Marie, tantum bene distingui non poterat, et in circonferentiis non poterant legi nisi iste littere videlicet : « Sigillum. »

 

Édition de l’acte d’après A1 avec variantes de A2 et du cartulaire en apparat critique. Les ruptures de lignes sont indiquées, pour A1 (exemplaire supérieur) par des chiffres en exposant (|2|), et pour A2 (exemplaire inférieur) par des chiffres en indice (|2|)

 

CYROGRAPHUM COMPOSITIONIS INTER ECCLESIAM BEATI STEPHANI ET CAPELLAM DUCIS AMEN

 

Noverint omnes presentes et posteri qui lecturi sunt presens scriptum, querelam que vertebatur inter canonicos Sancti Stephani Divionis et canonicos capelleA2 domini |22| ducis pro eadem capella, sospitam in hunc modum pacifico fine fuisse : Ecclesia Sancti Stephani prebendam integram in capella semper habebit quę nunquam in usus alios |3| ex|3|pendetur aliquatenus. Quam tamen prebendam ecclesia Sancti Stephani per idoneum sacerdotem canonicum regularem vel secularem deserviet. Si quis autem canonicorum capelle de hac |44| luce migraverit, eodem anno prebendam eius ecclesia beati Stephani suscipiet et habebit et post annum libera erit. Ideoque pia consideratione, statutum fuit ut ecclesia Sancti |55| Stephani pro singulis defunctis canonicis capelle plenarium faciat obsequium omni tempore, tanquam pro uno ex suis et canonici capelle pro canonicis Sancti Stephani faci|6|ent |6| similiter et hoc ipsum hinc inde scribetur communiter. Capella non habebit cimiterium, nec parrochiatum et canonici capelle positi in infirmitate non se poterunt |77| alibi vel ad religionem, vel ad cimiterium transferre, nisi apud Sanctum Stephanum : si pede, vel equo, sive alieno adiutorio ire non poterint, Sed et canonici capelle aliam |88| non poterunt in capella religionem vel ordinem statuere, nisi de ecclesia Sancti Stephani et si quis eorum, pauperes vel dives, voluerint apud Sanctum Stephanum habitum religionis in|99|sumere, non negabitur ei, sed voluntarie suscipietur ibi. Domus proprie canonicorum capelleA2 in quibus morantur et officine capelleA2 ipsius non erunt censuales, nec cella|1010|ria, nec coquinęA1, nec grangięA1 reliquę vero censuales erunt, vineę quoque de generali capellę tam a censu, quam a decimis, erunt libere, sed proprięA1 canonicorum vinee censum |1111| absque decimis dabunt. Et ut hoc totum stabile sit semper et firmum, decanus capellęA1 magister Nicholaus nomine, et concanonici eius qui tunc erant superstites, |1212| iurisjurandi interpositione, manibus propriis firmaverunt hoc totum bona fide servare et ecclesię beati Stephani iuraverunt omnes fidelitatem, idque statutum |1313| fuit ut quandocumque decanus in eadem capella constituetur, eamdem fidelitatem faciat ecclesie Sancti Stephani, quod si facere forte noluerit, canonici capelle non habe|1414|bunt eum pro decano donec fidelitatem fecerit. Idipsum modo simili faciat canonicus quilibet in capella de novo constitutus, antequam prebende fructum |1515| suscipiat. Hanc eandem fidelitatem fecerunt canonici beati Stephani canonicis capelleA2, Milo secularis abbas Sancti Stephani verbo simplici, bona fide et eius concanoni|1616|ci, dato fidei sacramento, et quod suprascriptum est de decanis capellę et eorum concanonicis, hoc ipsum statutum est de abbatibus Sancti Stephani et canonicis eorumdem, excepto |1717| quod abbates manu propria non iurabunt, sed tamen verbo simplici fidelitatem hanc bona fide fideliter facient. Hec omnia facta sunt per manum Garnerii |1818| abbatis Alberipe et domini Belini Lingonis sacriste et decani de Nuilleio et domini Arnaldi decani de Chasneio. Testes sunt Haymo abbas Sancti Benigni Dyvionis, |1919| magister Hugo prior Tilecastri et Robertus de Pesmis qui pacis huius coadjutores fuerunt, Petrus prior Cistercii et Zacharias item Cistercii monachus. Anno M° C° LXXX° V°.

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Traduction

CHIROGRAPHE DE L’ACCORD ENTRE L’ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE ET LA CHAPELLE DU DUC. AMEN

Sachent tous présents et à venir qui liront le présent écrit, que la querelle qui s’était levée entre les chanoines de Saint-Étienne de Dijon et les chanoines de la chapelle du duc à propos de cette chapelle, a été conduite à un dénouement pacifique de la manière suivante : l’église Saint-Étienne aura toujours dans la chapelle une prébende entière, dont le revenu ne servira jamais à autre chose. Par conséquent, l’église Saint-Étienne fera desservir cette prébende par un chanoine-prêtre compétent, régulier ou séculier. Si l’un des chanoines de la chapelle quitte la lumière de ce monde, pendant un an l’église Saint-Étienne recevra et jouira de sa prébende, et après un an elle sera libre. Aussi, par une pieuse considération, il a été décidé que l’église Saint-Étienne, à chaque décès de chanoine, lui ferait en tout temps des obsèques solennelles comme pour l’un des siens, et les chanoines de la chapelle feront de même pour les chanoines de Saint-Étienne, et la rédaction en sera faite en commun. La chapelle n’aura ni cimetière ni paroisse, et les chanoines de la chapelle qui seront entrés en agonie ne pourront pas être transportés ailleurs, dans un autre couvent ou dans un autre cimetière, qu’à Saint-Étienne, s’ils ne peuvent s’y rendre à pied ou à cheval, soit par tout autre moyen. De même, les chanoines de la chapelle ne pourront pas dispenser la religion (l’ordination sacerdotale) ni l’ordre (religieux) dans la chapelle, mais ils ne les recevront que de l’église Saint-Étienne, et si l’un d’eux, pauvre ou riche, veut prendre l’habit religieux à Saint-Étienne, on ne le lui refusera pas, mais on l’y recevra volontiers.

Les maisons personnelles des chanoines de la chapelle, dans lesquelles ils habitent, et les dépendances de la chapelle elle-même ne seront pas soumises au cens, pas plus que les celliers, les cuisines et les granges, mais le reste sera soumis au cens. Les vignes qui appartiennent collectivement à la chapelle seront libres de cens et de dîme, mais les vignes qui appartiennent en propre aux chanoines donneront le cens, mais sans la dîme.

Et pour que cet accord soit à jamais ferme et établi, le doyen de la chapelle, appelé maître Nicolas, et ses chanoines qui étaient alors en vie, ont confirmé par leur serment en main propre qu’ils le serviraient de bonne foi et ils ont juré toute fidélité à l’église Saint-Étienne, et il a été décidé que chaque fois qu’un doyen serait élu dans ladite chapelle, il rendrait le même serment de fidélité à Saint-Étienne, et si par hasard il refusait de le faire, les chanoines de la chapelle ne le recevraient pas comme doyen et ne lui jureraient pas fidélité. Et que pareillement, tout chanoine nouvellement nommé à la chapelle fasse de même avant de recevoir le fruit de sa prébende. Les chanoines de Saint-Étienne ont juré la même foi que les chanoines de la chapelle ; Milon, abbé séculier de l’abbaye, par une simple parole de bonne foi, et ses chanoines par une promesse donnée sous serment, et ce qui est écrit ci-dessus des doyens de la chapelle et de leurs chanoines, il en a été de même des abbés de Saint-Étienne et de leurs chanoines, excepté que les abbés ne jureront pas en main propre, mais jureront fidèlement fidélité par simple parole de bonne foi. Tout cela a été conclu par les mains de Garnier, abbé d’Auberive et de Monseigneur Belin, sacristain de Langres et doyen de Neuilly, et de monseigneur Arnaud, doyen de Chagny. Les témoins sont Aymon, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, maître Hugues, prieur de Til-Châtel et Robert de Pesmes qui ont été les artisans de cette paix ; Pierre prieur de Cîteaux et Zacharie, également moine de Cîteaux. Année 1185.

Ce beau chirographe de 1185 représente sans doute un moment de pacification entre les deux communautés de la Chapelle et de Saint-Étienne. Avec le recours de quelques arbitres extérieurs (abbés de Saint-Bénigne, prieur de Cîteaux), les deux communautés rivales parviennent à régler leurs différends, allant même jusqu’à se promettre, par « pieuse considération », une réciprocité de prière. Le choix du chirographe répond bien à ce règlement autonome du conflit, sans appel aux autorités religieuses et civiles. Néanmoins, l’accord chirographique fut rapidement confirmé par deux bulles du pape Lucius III, et ne fut guère respecté. C’est sans doute pour le rendre obsolète que, vers 1190, les chanoine de la chapelle firent rédiger une charte solennelle de fondation, qu’ils antidatèrent sans vergogne de 1172 !

Bibliographie :

Laurent Morelle, Chantal Senséby (dir.), Une mémoire partagée. Recherche sur les chirographes en milieu ecclésiastique (France et Lotharingie, xe-mi xiiie siècle), Genève : Droz, 2019.

Voir notamment dans cet ouvrage :

Hubert Flammarion, « Remarque sur les chirographes entre Aube et Sarre, du xie au xiiie siècle », p. 211-238.

Marlène Helias-Baron, « Les chirographes dans les fonds des abbayes cisterciennes de La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimont (xiie siècle) », p. 239-260.

Dominique Stutzmann, « L’acte et son double : genèse des chirographes, originaux multiples et actes de même dispositif à l’abbaye cistercienne de Fontenay (v. 1150-1213) », p. 261-292.

Hervé Mouillebouche, Michel de Waha, « Les fausses chartes de fondation de la chapelle ducale de Dijon » (étude en cours).