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Avril - Il y a 80 ans : la Route des Grands Crus bourguignons

 

 

 

En 1935, le Conseil d’arrondissement de Beaune émet le vœu de la création d’un chemin touristique traversant la ligne des grands crus. Faute de financement, le vœu demeure lettre morte. Mais il est ressorti des cartons en 1937 : cette fois, le gouvernement du Front populaire ayant décidé une politique de Grands travaux financée par l’État, le projet est finançable.  Tous (État, collectivités, professionnels) se mettent d’accord pour mettre en œuvre un aménagement touristique permettant de mettre en valeur les richesses naturelles et gastronomiques de la Côte, de Dijon à Santenay.

Nationale 74

 

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Dans les années 1930, le vignoble de la Côte se prend en main et s’organise, en prenant appui sur le jugement du tribunal civil de Dijon du 29 avril 1930 donnant sa délimitation légale à la Bourgogne viticole. Dès lors, les initiatives s’enchaînent : fondation de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin en 1933-1934, définition des AOC en 1937 (après la création, en 1935, de l’Institut national des Appellations d’Origine) et gestation, entre 1935 et 1937, de la Route des Grands Crus de Bourgogne. Cette dimension touristique avait été préparée par les chantres de la Bourgogne viticole, écrivains et dessinateurs, qui entendent faire de ces lieux de production viticole un parcours de découverte automobile et pédestre. Comme l’écrit Jean-François Bazin, « le réveil de la Bourgogne est à la fois culturel, politique et économique » (Le vin de Bourgogne, Paris, Dunod, 2013, p. 38)

Autour de la RN 74 s’élabore peu à peu un tracé reliant les lieux notables des premiers et des grands crus, de Dijon à Santenay.

Le dossier qui est consacré à la Route des Grands Crus aux Archives départementales (ADCO, SS 3799) permet de suivre le parcours du projet.

 

En 1935, le Conseil d’arrondissement (assemblée élue sur dans le cadre de l’arrondissement ; institution supprimée en 1940) de Beaune émet le vœu de la création « d’un chemin touristique traversant la ligne des grands crus, de Fixin à Saint-Aubin ».
Dans un rapport du 20 avril 1935, les ingénieurs du service vicinal font « connaître l’itinéraire qui paraîtrait devoir être adopté et reporterait l’origine du chemin à Marsannay-la-Côte » ; le rapport est accompagné d’une carte.

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Mais, comme la dépense est évaluée à 2.347.000 francs, que le concours de l’État « ne serait très probablement pas obtenu », que la « situation » est difficile (la France subit alors le contrecoup de la crise de 1929), la commission des routes et chemins du Conseil général est d’avis que ce n’est pas au département « de prendre l’initiative de la création du chemin touristique envisagé ». Cette réponse négative au vœu du conseil d’arrondissement de Beaune est adoptée le 12 juin 1935.

Mais le Conseil d’arrondissement de Beaune ne se décourage pas : le 3 décembre 1936, il renouvelle son vœu de « création d’une route traversant les Grands Crûs, allant de Montrachet au Clos Vougeot et de Chambolle à Marsannay-la-Côte ».

Cette fois, le contexte politique et budgétaire a changé. Le nombre de chômeurs est passé de 300.000 en 1930 à 1 million en 1936 ; le gouvernement du Front Populaire entend résorber le chômage par une politique de grands travaux. Le 10 novembre 1936, le Président du Conseil demande aux départements d’envisager « un programme de Grands travaux d’intérêt régional ; la commission spéciale chargée par le Conseil général de dresser ce programme a retenu dans les travaux à prévoir la création d’un réseau de routes touristiques pour la mise en valeur de toutes les richesses naturelles, historiques et archéologiques des divers cantons de Côte-d’Or ».

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Panneau Routes des Grands Crus Le 15 janvier 1937, le Président du Conseil demande aux préfets de lui adresser des projets ; l’ingénieur en chef de la Côte-d’Or préconise, le 1er février 1937, la création d’un réseau de routes touristiques dans tout le département. Mais c’est naturellement le projet de la route des Grands Crus qui est le plus mûr, puisqu’il est, comme on vient de le voir, depuis deux ans dans les cartons. L’ingénieur en chef demande, le 2 mars 1937, aux « ingénieurs subdivisionnaires de la Côte » l’évaluation technique et financière des travaux, « compte tenu de tous les éléments de la cause : bonne desserte des crus, désirs des populations (que vous devez connaître mais qui ne sont pas à solliciter actuellement). »

À réception de leurs réponses, l’ingénieur en chef rend son rapport, auquel sont annexés une carte ainsi qu’un état descriptif et estimatif, le 19 mars 1937. Le 16 avril 1937, il confirme que la « Route des Grands Crus Bourguignons de Dijon à Montrachet » est en « toute première ligne ». Or l’État peut désormais attribuer des subventions, dans le cadre d’un « plan de travaux destinés à combattre et prévenir le chômage », comme le stipule un décret du Président de la République du 24 avril 1937.

Dès lors plus rien ne s’oppose à ce que le Conseil général se lance dans le projet : le 14 mai 1937, il approuve ce programme et vote le principe de la participation départementale.
 
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Le 28 juin 1937, le commandant Charrier (1879-1951), influent président du Comité de propagande pour la Bourgogne, exprime à l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées son « extrême reconnaissance » et des « plus chaleureux remerciements ». Le Comité peut proclamer, dans son dépliant illustré par L. W. Graux et agrémenté du plan de la Route des Grands crus :
« VOICI LA BOURGOGNE dont les Ducs furent des Rois… Patrie de saint Bernard, de Bossuet, de Vauban, de Buffon, de Piron, de Rameau, de Carnot, de Monge, de Lacordaire, de Rude, de Lamartine… Terre de toutes les harmonies du sol et de l’esprit, de l’idéal et de la raison… Détentrice immortelle de la Coupe du Vin… Vitrail ensoleillé du beau Pays de France ! »

 

L’aménagement de la Route des Grands Crus répond donc à deux aspirations du milieu des années 1930 : la mise en valeur touristique du vignoble de la Côte et la lutte contre le chômage par une politique publique de grands travaux (inspirée du New Deal rooseveltien). On aurait pu imaginer que le traitement par le gouvernement Blum des difficultés économiques fasse passer à la trappe le projet de mise en valeur touristique d’un produit de luxe. Or c’est le contraire qui est advenu. Deux fées bien différentes, rouges mais chacune à leur façon, se sont donc, en quelque sorte, penchées sur le berceau de la Route des Grands Crus Bourguignons : les viticulteurs beaunois et le Front populaire. Qui l’eût cru ?


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•    Carte, établie par l’ingénieur du service vicinal, du projet de création d’un chemin touristique dans la Côte, 20 avril 1935 (ADCO, SS 3799). En jaune : routes et chemins en bon état ; en bleu : chemins existants à aménager ; en rouge : chemins à construire.
•    Rapport de la commission des routes et chemins du Conseil général à un vœu du conseil d’arrondissement de Beaune demandant la création d’un chemin touristique dans la Côte, 12 juin 1935 (ADCO, SS 3799)
•    Délibération du Conseil général relative à des « Grands travaux d’intérêt régional (Aménagement d’itinéraires touristiques »), 14 mai 1937 (ADCO)
•    Lettre du commandant Charrier, président du Comité de Propagande pour la Bourgogne, à Pélissonnier, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, pour le remercie de son aide dans la réalisation de la Route du Vin, 28 juin 1937 (ADCO, SS 3799)
•    Dépliant touristique du Comité de propagande « Pour la Bourgogne », 1937 (ADCO, SS 3799)
•    Nationale 74. Le guide qui tient la route des grands crus de Bourgogne, Dijon, Divine Comédie, 2015.

> Retrouvez les événements du 80e anniversaire de la Route des grands crus de Bourgogne : http://route-des-grands-crus-de-bourgogne.fr/
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