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Archives départementales de la Côte-d'Or

À compter du lundi 3 mai, les salles de lecture rouvrent leurs portes au public :
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Novembre - Le livre d'or du Poilus-Palace

Un havre de paix indispensable

Livre d'or page 48Le Poilus-Palace est une cantine pour les permissionnaires, un lieu de repos situé à la gare de Dijon. C'est l'Office central des secours aux blessés qui inaugure la cantine le 14 avril 1916. Cette disposition était rendue nécessaire par le fait que quotidiennement plus de 10 000 permissionnaires transitaient par Dijon et devaient attendre leur correspondance, parfois de longues heures.

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Ce lieu comporte une salle de consommation, une salle de repos, des lavabos, une salle de lecture et des consignes de petits colis. C'est un local élégamment décoré ouvert jour et nuit sans interruption. Le Poilus- Palace peut accueillir en même temps jusqu'à 500 poilus français et alliés dans un lieu de propreté. Le service de la cantine nécessite 40 personnes à plein temps.  
Il a une réputation très méritée. Les soldats et les officiers peuvent faire part de leurs réflexions dans un livre d'or. C'est un document original qui permet de saisir sur vif les sentiments, les joies, les peurs et les attentes des soldats.

Un recueil de témoignages sur le vif !

Nombreux sont ceux qui expriment en termes touchants leur reconnaissance dans le livre d'or, comme ici :
« Après 24 mois de front, je trouve enfin une organisation intelligente et bienfaisante qui soigne le brave poilu comme il le mérite».  Ce que dit cet autre poilu le confirme : « Cette cantine est la seule oeuvre intelligente et généreuse que j'ai trouvé dans la vie militaire ».
En effet, le contraste entre l'horreur de la guerre et ce qu'offre le poilu palace fait naître des émotions que les soldats n'avaient pas ressenties depuis le début de la guerre.
« Je n'ai vécu que deux jours dans cette guerre, et ce fut au Poilu-Palace  ». Les soldats américains de passage sont aussi très satisfaits de l'accueil. « I congratulate those that have produced this result ».
L'ambiance accueillante du Poilu Palace, si rare en temps de guerre, amène les poilus à se confier dans le livre d'or sur leur peur et lassitude de cette guerre qu'ils jugent interminable.

Livre d'or page 28Par exemple à la page 28, on peut voir un poilu découragé qui ne voit plus la fin de cette guerre:
« Le bonjour d'un poilu qui va se faire casser la gueule sous peu ».
Ou encore ici, sous forme d'un tercet, un soldat a perdu ses valeurs patriotiques après avoir connu l'horreur de la guerre :
«  Ma mère m'a donné la Naissance
Ma femme la Jouissance
Et la France la Souffrance »
Mais si les soldats sont découragés, une haine contre les « embusqués » se développe également. Les « embusqués » étaient des soldats qui bénéficiaient de postes à moindre risque, par exemple un poste dans une gare ; ils ne connaissaient donc pas le traumatisme du combat. On ressent donc la colère des poilus dans ce livre d'or, comme ici:
« Beaucoup trop d'embusqués »
«Si à ma 3ème perme, je retrouve les mêmes embusqués, les poilus du front se chargeront de les débusquer.»

Livre d'or page 95Les soldats ressentent une injustice à cause de ceux qu'ils appellent les « profiteurs de guerre ». Ces derniers appartiennent aux élites de la société, comme les politiques et les industriels. En effet, ils dirigent la guerre sans la connaître, et parviennent même à s'enrichir. Nous le lisons d'une autre façon page 95 : « Il faudrait abattre les grosses  têtes pour faire finir la guerre ».
Cette violence quotidienne fatigue les soldats, et si certains sont découragés, d'autres expriment leur pacifisme : « La Paix SVP »
 « Je demande la paix et au plus vite ».
En effet, les soldats ressentent une profonde lassitude et veulent rentrer chez eux.
« Un artilleur… qui en a marre de cette maudite peste qu'est la guerre et voudrait voir une fin ».
« Vivement la fin de la Guerre, j'en ai marre »
« Mort aux vaches, la classe 17 crève de faim, laisse des pauvres gosses dans la misère. A bas les embusqués. Mort aux vaches et aux enculés. »

Livre d'orLa propagande et le combat contre les Allemands amènent une véritable haine contre eux et l'expression d'un patriotisme assumé. On retrouve dans le livre d'or des passages qui montrent le mépris des poilus pour les soldats ennemis, comme dans cette citation ci-dessous où l'hymne Allemand est repris avec ironie : « France immortelle - Frankreich Über alles »

L'esprit de camaraderie fait aussi partie du quotidien des soldats français, qui cherchent à rendre hommage à leur camarades et parfois amis, morts pendant la guerre « Gloire aux camarades tombés glorieusement pour la France ».

Quelques poèmes

Certains poilus retranscrivent leurs émotions ressenties durant la guerre à travers la poésie. Ici, le traumatisme du front est clairement perceptible dans cet extrait de sonnet composé par un soldat soucieux de faire partager son expérience de l'horreur :

«  Oui, de sa note tremblante
Je me fais l'heureux traducteur
Et je vous jure, gai lecteur
Que je dirais dans la tourmente
Du plomb et du fer destructeurs
Que ce Merci monte du coeur »

D'autres composent de manière beaucoup plus libre et expriment des bons sentiments à la fois de camaraderie mais aussi de confiance dans la prochaine victoire.

«  C'est ici que l'on respire
La bonne camaraderie
Avec les troupes d'Afrique
Nous sommes tous très bons amis
Nous avons bu un bon bouillon
Mais ce n'est pas celui des Boches
Croyez que nous les aurons
Car moi je suis un bon apôtre »

Ces recueils constituent un témoignage poignant qui exprime les sentiments puissants, spontanés et émouvants des soldats de la Grande Guerre.

6 ETP 69 et 70Sources Archives départementales de la Côte-d'Or

6 ETP 69 : observations des poilus, 21 juin 1916 au 29 septembre 1916

6 ETP 70 : félicitations des officiers et coupures de presse, 17 mai 1918 au 22 septembre 1919 (date de fermeture)

Grande Collecte : photographie de la salle de repos du Poilus-Palace

Viviane Aubert, Alice Crolard, Sarah Deloge, élèves de première ES5 (année 2015-2016 ; en 2016-2017 : TES3) du lycée international Charles de Gaulle, Dimitri Vouzelle, enseignant au service éducatif des ADCO.

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