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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Novembre - La famille Rameau, quel « caractère singulier » !

Portrait RameauDu talent et du caractère : voici ce que qui apparaît à la lecture de divers actes de la justice de Dijon, conservés aux Archives départementales et mis en lumière par Eric Kocevar.

Toutes ces bagarres ont pour cadre les quartiers situés autour de la « place Royale » (auj. place de la Libération ». Les insultes fleuries forment une musique un peu moins harmonieuse, mais peut-être plus pittoresque, que celle que Jean-Philippe, qui n’est alors plus à Dijon, théorise dans son Traité de l’harmonie de 1722.

Ces faits ont été jugés par la justice communale de Dijon, dont le siège était l’hôtel de ville, devenu en 1832 siège des Archives départementales.

Les pièces judiciaires ici présentées ont donc la particularité d’avoir été produites à l’endroit dans le lieu où elles sont aujourd’hui conservées.

 

Généalogie des membres de la famille Rameau mentionnés dans les documents présentés

Généalogie Rameau

Acte de baptême de Marie Claude Rameau
    
Marie Claude RameauFille de « maistre Jean Rameau, organiste de ceste ville » et de « Claude de Martinecourt sa femme », elle a pour parrain « Blaise Chaussy, maistre de musique » et pour marraine Marie-Claude Perault. Née le 4 novembre entre cinq et six heures du matin, elle est baptisée le même jour à Saint-Etienne de Dijon (aujourd’hui « La nef ») par le trésorier de l’église collégiale.

L’acte porte le signature de Jean Rameau.

4 novembre 1681

Archives départementales de la Côte-d’Or, 2 E 239/12


Plainte au maire de Dijon déposée par Esmilland Lorin, huissier au parlement et facteur d’orgue, contre Jean et Claude Rameau (coups et insultes)

Plainte contre Jean et Claude RameauJean Rameau (père de Jean-Philippe) est organiste titulaire de l’église Saint-Nicolas ; son fils Claude (père du « Neveu de Rameau ») est son suppléant. Emiland Lorin a vendu un orgue à la fabrique de Saint-Nicolas ; mais le « deal » non écrit était que son fils devienne titulaire. Cela ne plaît guère aux frères Rameau… Aux vêpres de la Saint-Nicolas, Claude Rameau insulte le fils Lorin « avec le mot salle » (c’est-à-dire un mot si grossier que le greffier de la justice dijonnaise n’ose pas reproduire) et finis par un menaçant « je te retrouveré ». Puis il sort « de l’orgue brusquement en jettant la barre qui sert a fermer la porte au bas des degrés de l’orgue ».

Le lendemain, les deux fils Lorin vont accorder l’orgue de Saint-Bénigne ; Rameau père les y retrouve, dit à l’un « Tire-toy de là cocquine », et, aux deux, « Vous estes tous des asnes chés vous et des cocquins, sortés d’icy ».

La justice de Dijon) commet le sieur Floriet pour informer sur cette plainte en présence des deux parties.

De l’église Saint-Nicolas, il ne reste que le clocher auquel on accède aujourd’hui par la rue Jean-Jacques Rousseau ; l’impasse au bout de laquelle elle se trouve s’appelle la cour Saint-Nicolas (troisième à droite en partant des Archives départementales).

13 décembre 1707

Archives départementales de la Côte-d’Or, B 2/360/158
    

Plainte au maire de Dijon déposée par Jeanne Hervé, lingère, contre Marie-Claude Rameau ; information judiciaire sur ladite plainte (insultes publiques)

Plainte contre Marie-Claude RameauMarie-Claude Rameau, sœur de Jean-Philippe, est née en 1681, trois ans avant son frère. Elle enseigne le clavecin. Elle est accusée par la lingère d’insultes, calomnie, injures, notamment le 4 février, entre 9 h et 10 h du soir, depuis la rue du Chapeau rouge : elle cria « hautement qu’elle estoit une garce, une putain, une gueuse, qu’elle tenoit un bordel en sa maison, qu’elle y recevoit un homme dont elle mangeoit tout le bien ».

Les témoins rapportent des propos encore plus fleuris : « Il faudroit te remettre au Bon Pasteur [couvents qui recevaient les filles publiques et les filles-mères], tu as tué un cochon, tu luy en fait manger et il est actuellement chez toy » ; et encore « Je suis suprise comme dans le voisinage on souffre ce bordel ; il faut que tu leur donnes quelque bon machon pour les faire taire ».

7 et 8 février 1715

Archives départementales de la Côte-d’Or, B 2/360/171


Plainte au maire de Dijon déposée par Jacques Pichaut, notaire, et Bénigne Grillot, notaire, contre Claude Rameau (coups et blessures)

Plainte contre Claude RameauPichaut et Rameau font plusieurs parties de « gallet » (galet) le soir du 17 mai 1715, chez un aubergiste nommé Moine, au faubourg Saint-Nicolas. Rameau, furieux d’avoir perdu de l’argent au jeu, retrouve Pichaut, accompagné de Grillot, place Royale, vers dix heures du soir. Il s’est changé et porte l’habit d’un « homme de qualité » ; il menace Pichaut avec son épée nue en ces termes : « Bougre de chien te voicy, il faut que je te tue ou que tu me rende mon argent ». Il suit les deux hommes jusqu’à la place Saint-Etienne (auj. du Théâtre), réitère ses menaces et donne un coup d’épée dans « l’estomach » de Pichaut et de Grillot. Les victimes sont visitées par des chirurgiens et l’affaire est jugée le 5 juillet 1713.

La plainte insiste sur le « caractère singulier »  et sur « l’espesse de rage outrée » de Claude Rameau.

18 mai 1715

Archives départementales de la Côte-d’Or, B 2/360/173


Plainte au maire de Dijon déposée par Jacques Pichaut, huissier en la chancellerie du parlement de Bourgogne

Plainte contre la famille RameauNon content que leur frère ait attenté à la vie du suppliant, les sœurs et frères de Claude Rameau, et notamment Jean-Baptiste, se répandent partout en ville pour le traiter de « voleur et de fripon ». « L’honneur et la réputation » du suppliant ne lui sont pas moins chers que sa vie, et les insultes des Rameau y portent gravement atteinte.

20 mai 1715

Archives départementales de la Côte-d’Or, B 2/360/173