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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Juin - Philippe le Hardi concède ses armoiries à la ville de Dijon, 22 septembre 1391

B 11470Les Archives départementales de la Côte d’or conservent un précieux témoignage des pratiques héraldiques de la fin du Moyen Âge : la concession par le duc Philippe le Hardi à la ville de Dijon, du droit d’ajouter à ses armes de gueules plain (un écu entièrement rouge), un chef de Bourgogne c’est-à-dire, dans le tiers supérieur de l’écu un bandeau aux deux premiers quartiers des armoiries écartelées portées par le duc depuis 1361 : au 1 et 4 d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure componée d’argent et de gueules (Bourgogne-Valois : écu de France brisé qu’il portait déjà comme duc de Touraine avant de recevoir l’apanage de Bourgogne) et au 2 et 3 bandé d’or et d’azur à la bordure de gueules (Bourgogne ancien).

Cette concession (ill. 1), dont on ne sait pas vraiment s’il s’agit d’une création complète ou bien d’une augmentation d’armoiries préexistantes comme le laisse penser l’acte[1], semble assez unique. En effet, depuis le début du XIVe siècle, les rois de France ont développé cet usage de la concession d’un chef de France a quelques rares « bonnes villes » qui ont mérité de la cause royale, notamment celles qui, durant la guerre de Cent ans, ont résisté à l’envahisseur anglais ou se sont prestement ralliées au roi victorieux, telles Abbeville (1369), Poitiers (1372) ou encore Limoges (1421). Cet usage prolonge l’adoption de fleurs de lis par les villes fidèles au roi de France Philippe le Bel au début du siècle. Ce type de partage héraldique met la cité à l’honneur en l’assimilant virtuellement au sang de son prince mais signale également le patronage que celui-ci exerce sur la ville et qui vaut autant pour sa protection que pour sa soumission honorable. Les Armoiriesducs et princes du sang dispensent en revanche ce type d’honneur avec parcimonie. Si quelques individus et communautés bénéficient d’augmentations d’armoiries de la part des ducs de Berry[2], d’Anjou[3] ou de Bretagne, en Bourgogne, Dijon semble faire figure d’exception[4].

 Ces nouvelles armoiries sont attestées par plusieurs documents contemporains : les sceaux de la commune à partir de 1393 (ill. 2)[5], les célèbres statuts de l’Hôpital du Saint-Esprit (ill. 3)[6]. Une autre copie de cette concession se trouve aujourd’hui aux archives municipales de la ville[7].


Laurent Hablot

CESCM Université de Poitiers

Illustration 2
Ill. 2

Illustration 3
Ill. 3     une_062014_1550px_ill3.jpg (redimensionnée en vignette)


[1] À ma connaissance, des armes de gueules plain ne sont pas attestées avant ce document. Elles sont d’ailleurs assez étranges car les écus plains ne sont pas si fréquents dans l’héraldique médiévale. L’écu de gueules plain est également porté par le héros arthurien Perceval, par la famille d’Albret et par le comte palatin du Rhin. Il semblerait que, sous le principat de Jean sans Peur, un pampre de vigne – ne serait-ce pas plutôt une branche de houblon, devise du duc ? – ait été ajouté à la composition inventée sous Philippe le Hardi (voir la référence note 5).

[2] Concession à la ville d’Aigueperse d’un chef de Berry par Jean de Berry vers 1375.

[3] Concession à la ville d’Aix-en-Provence d’un chef d’Anjou par Louis III d’Anjou (Jérusalem, Naples, Anjou-Valois), en 1431.

[4] A ma connaissance, aucun particulier n’a bénéficié de concession des armes de Bourgogne avant le XVIe siècle, à l’exception des bâtards des ducs. La ville de Semur en Auxois, qui porte d’azur à la tour d’argent chargée d’un écusson aux armes de Bourgogne ancien, attesté par un jeton au milieu du XVIe siècle, voudrait que cette composition soit le fruit d’un concession d’un duc capétien de Bourgogne (avant l’avènement de Philippe le Hardi en 1361). Plausible du point de vue des pratiques héraldiques, cette hypothèse est pourtant asse douteuse. Les armes anciennes de Bourgogne furent continuellement employées dans la province jusqu’à nos jours.

Toutes les armes de villes bourguignonnes aujourd’hui dotées d’un chef aux armes parties de Bourgogne-Valois et de Bourgogne ancien sont des créations modernes ou contemporaines. C’est par exemple le cas d’Auxonne, de Chenôve et de bien d’autres communes. Les départements de la Côte-d’Or, de l’Yonne ou de la Saône-et-Loire ont suivi l’exemple.

[5] Voir la dissertation sur le sujet de Mémoire de l’Académie de Dijon, Dijon, 1772, (juin 1771, p. XLIV et suiv.) qui mentionne le sceau au contrat et le sceaux aux causes de la ville sur lequel le maire, trônant, pose la main sur l’écu aux armes. Pour les quelques empreintes conservées : contre-sceau du XVe siècle (Paris, AN, D. 5476, moulage), un fragment du même daté de 1418 (Champagne 784), une empreinte de 1540 (BO 591), une matrice (faux ?) au Musée archéologique de Dijon, dans la collection Arbaumont n° 1754 et 1755 (je remercie vivement M. Philippe Jacquet pour ces informations).

[6] Statuts et Histoire de la Fondation de l’Hôpital du Saint-Esprit de Dijon, ADCO, H dep. 239/1/A/4, vers 1450

[7]  Dijon, Archives municipales, série B, carton 2.

 
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