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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Avril - Les deux Henry, hydrauliciens à Dijon Darcy et Bazin

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Ces derniers mois, les Archives départementales de la Côte-d’Or ont procédé à l’inventaire de deux fonds d’origine privée :

. 113 J, Familles Darcy et alliées (Vuitry et Hély d’Oissel) ;

. 135 J, Fonds Henry Bazin.

Ces deux fonds ont en commun l’hydraulique, au travers de documents procédant d’hydrauliciens de renom, tous deux ingénieurs issus de l’École des Ponts-et-Chaussées.

 

Henry Darcy (1803-1858)Darcy

Il appartient à une famille d’ancienne souche bourguignonne.

Après un rapide passage dans le Jura, il est nommé, en 1827, ingénieur « ordinaire » dans le département de la Côte-d’Or. Dans ce cadre, il réalise deux grands ponts sur la Saône avant de travailler au projet d’adduction d’eau (dérivation et distribution de sources d’eau potable) à Dijon, en 1834. Ainsi, il contribue grandement au développement de la ville.

Ayant convaincu les ministères du bien-fondé du passage de la ligne Paris-Lyon-Marseille par Dijon, il réalise le tracé de la ligne de chemin de fer dans le département et le creusement du grand tunnel de Blaisy.

Il est également à l’origine de quelques avancées scientifiques :
. la « loi expérimentale de Darcy » sur la vitesse d’écoulement d’un liquide dans un milieu poreux. Celle-ci a donné une unité de mesure de la perméabilité, le « darcy », toujours utilisée quotidiennement, par les pétroliers, notamment ;
. l’« équation de Darcy », relative à l’écoulement des fluides.

Henry Darcy décède prématurément à Paris, le 3 janvier 1858, mais le relais est pris par le second Henry : Bazin.

Henry Bazin (1829-1917)Bazin

Lorrain d’origine, il intègre, en 1851, l’École des Ponts-et-Chaussées.

Il débute sa carrière à Saint-Flour, Aurillac et Tonnerre où il est affecté au canal de Bourgogne, responsable du versant « Yonne » de cet ouvrage. En 1854, il est nommé à Dijon, toujours au service du canal de Bourgogne pour s’occuper du versant « Côte-d’Or ». Cela implique l'entretien des rives, des 76 écluses entre Pouilly-en-Auxois et Saint-Jean-de-Losne, des 72 biefs et des réservoirs. Il fait alors la connaissance d'Henry Darcy qui l'attache à ses expériences d'hydraulique. Henry Bazin les poursuivra après la mort de Darcy. À partir de 1875, il prend la direction de l'ensemble du canal de Bourgogne. Le département lui doit les réservoirs de Panthier et de Pont ainsi qu’un barrage dans la vallée de l’Armançon. En 1867, il contribue à la mise en œuvre du toueur (ou remorqueur avançant par touage et tirant des péniches qui ne sont enchaînées à la chaîne immergée) à vapeur remplaçant la traction à main d'homme dans le tunnel de Pouilly-en-Auxois et la mise au "gabarit Freycinet" des écluses. Ce travail, terminé en 1882, consiste à transformer 189 écluses en commençant par détourner l'eau, tout en perturbant le moins possible le trafic fluvial et en réhaussant quelques ponts.

Parallèlement, il est nommé, en 1857, directeur du service des eaux de la ville de Dijon, chargé des fontaines publiques et du réseau d'eau potable. La ville lui doit la captation de la source de Sainte-Foy et le réservoir du boulevard de Strasbourg. Il collabore à l'établissement des squares de la place Saint-Michel et de la place des Ducs-de-Bourgogne, faisant également construire le jet d'eau du Rond-Point de l'avenue du Parc.

En 1886, il est nommé inspecteur général des Ponts-et-Chaussées, fonction qu'il occupera jusqu'à sa retraite en 1894. Il siège alors au Conseil supérieur des Ponts-et-Chaussées.
 

Les liens entre Henry Darcy et Henry Bazin

Dès son arrivée à Dijon, Henry Bazin collabore aux recherches d'hydrodynamique de son supérieur hiérarchique, Henry Darcy, auquel il succède en 1858.

Attiré par les mathématiques pures, il est en lien constant avec la communauté scientifique de son temps. Il poursuit et développe les travaux d'hydraulique initiés par Henry Darcy, s'attachant particulièrement à la vitesse d'écoulement des eaux dans les canaux découverts. Sa formule, dite « formule de Bazin », généralisant celle d'Antoine de Chézy, est toujours enseignée et utilisée. Elle reste universellement appliquée pour l'étude des réseaux d'égout et l'écoulement des eaux dans les canaux. La plupart des expériences effectuées à l'occasion de ses recherches ont lieu sur des rigoles proches du canal de Bourgogne, notamment celle de la Colombière entre Dijon et Longvic et des réservoirs de Grosbois-en-Montagne et de Chazilly. Il étudie également étudié l'action de la marée dans un fleuve et expliqué le phénomène connu sous le nom de mascaret.

Autre analogie entre les deux hydrauliciens, l’aménagement d’un espace public à Dijon.

En janvier 1858, trois jours après le décès d’Henry Darcy, le maire de Dijon, Théodore Vernier, prend un arrêté donnant le nom de l’ingénieur au carrefour de la porte Guillaume, anciennement place du Château d’eau. En bordure de la place Darcy, se trouve le jardin Darcy, d’une superficie d’1 hectare, seul jardin dijonnais aménagé progressivement au XIXe siècle. Dès 1858, le sculpteur Jouffroy fait don à la Ville d’un buste d’Henry Darcy. Après quelques hésitations, il est placé à l’entrée du jardin, en 1860.

Concernant Henry Bazin, un monument commémoratif est inauguré par le ministre des travaux publics, le 12 novembre 1922, place Saint-Michel, dans le quartier d’élection de l’intéressé et de sa famille. Ce monument, dû à l’architecte dijonnais Auguste Drouot, se compose d’un médaillon à l’effigie d’Henry Bazin créé par Ovide Yencesse. Financé au tiers par des fonds japonais, il témoigne de l’estime des hydrauliciens français et étrangers.

Clin d’œil de l’histoire …

En 1942, le buste d’Henry Darcy et le médaillon du monument d’Henry Bazin sont fondus par l’État français, à la demande de l’Occupant allemand, avant d’être rétablis à l’identique dans les années 1950.

Modalités d’entrée des fonds

113 J, Fonds Darcy.
Dépôt à titre révocable effectué, en décembre 2010, par François Darcy, arrière-arrière-petit-fils d’Hugues-Iéna Darcy (1807-1880), frère unique d’Henry Darcy, lui-même décédé sans postérité.

135 J, Fonds Henry Bazin.
Don formalisé par un contrat, signé en novembre 2013, avec Madame Andrée Bazin, veuve du docteur Gabriel Bazin (1930-2013). Ce dernier, auteur d’un ouvrage sur son arrière-grand-père, fut un infatigable collationneur de documents concernant son aïeul et sa famille. La transmission concrète du fonds a été grandement facilitée par Jean-François Bazin, frère de Gabriel et ancien président du Conseil régional de Bourgogne.

 
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