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Document 5 - Gontran, roi de Bourgogne

GontranGontran, roi de Bourgogne, en 585, décrit par Grégoire de Tours 

 

A. Texte latin 

1. De eo quod rex Aurilianis venit.
Igitur Gunthchramnus rex anno XXIIII, regni sui de Cavillonno progressus, Nevernensem urbem adgreditur. Invitatus enim Parisius veniebat, ut Chilperici filium, quem iam Chlothacharium vocitabant, a sacro regenerationes fonte deberet excipere. Digressus vero a Neverno ad Aurilianensem urbem venit, magnum se tunc civibus suis praebens. Nam per domibus eorum invitatus abibat et prandia data libabat; multum ab his muneratus muneraque ipsis proflua benignitate largitus est. Sed cum ad urbem Aurilianensem venisset, erat ea die solemnitas beati Martini, id est quarto Nonas mensis quinti. Processitque in obviam eius inmensa populi turba cum signis adque vixillis canentes laudes. Et hinc lingua Syrorum, hinc Latinorum, hinc etiam ipsorum Iudaeorum in diversis laudibus variae concrepabat, dicens: 'Vivat rex, regnumque eius in populis annis innumeris dilatetur'. Iudaei vero, qui in his laudibus videbantur esse participes, dicebant: 'Omnes gentes te adorent tibique genu flectant adque tibi sint subditi'. Unde factum est, ut, celebratis missis, cum rex ad convivium resederet, diceret: 'Vae genti Iudaicae malae et perfidae ac subdolo semper sensu viventi. Ob hoc enim mihi', inquid, 'hodie laudes adulaturias adclamabant, ut me cunctae gentes quasi dominum adorarent, ut synagoga eorum, quae dudum a christianis deruta est, iuberem ope publica sublevare; quod, iubente Domino, numquam ero facturus'. O regem admirabili prudentia clarum! Sic intellexit dolositatem hereticorum, ut ei paenitus non valerent subripere, quae erant postmodum suggesturi. Iam enim mediante epulo rex locutus est sacerdotibus qui aderant, dicens: 'Rogo, ut in domo mea crastina die vestram promerear benedictionem, fiatque mihi salus in ingressu vestro, ut ex hoc salvus fiam, cum super me humilem vestrarum benedictionum verba defluxerint'. Haec eo dicente, omnes gratias agentes, epulo expleto, surreximus.

2. Qualiter ei episcopi praesentati sunt, et qualiter ipse convivium praeparavit.
Mane autem facto, dum rex loca sanctorum orationis gratia visitaret, ad metatum nostrum advenit. Erat enim ibi basilica sancti Aviti abbatis, cui in libro Miraculorum meminimus. Surrexi gavisus, fateor, ad occursum eius et, data oratione, depraecor, ut in mansione mea euglogias beati Martini dignaretur accipere. Quod ille non respuens, benigno animo ingressus, hausto poculo, admonitis nobis ad convivium, laetus abscessit. Tunc Berthchramnus Burdegalensis episcopus cum Palladio Santonico valde regi infensus erat pro susceptione Gundovaldi, cui supra meminimus. Sed et Palladius episcopus ob hoc maxime regem incurrerat, quod ei saepius fallacias intulisset. Discussi enim ante paulolum fuerant a reliquis episcopis et optimatibus regis, cur Gundovaldum suscepissent, cur Faustianum Aquis episcopum ad praeceptionem eius levissimam ordinassent.  


B. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, traduction Guizot, Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France : 

LE ROI Gontran [Guntchramn], dans la vingt-quatrième année de son règne [en 585], partit de Châlons et vint dans la ville de Nevers. Il était invité à se rendre à Paris pour tenir, sur les fonts sacrés du baptême, le fils de Chilpéric, nommé Clotaire. En partant de Nevers, il vint à la ville d’Orléans, où il se mit en grand crédit auprès des citoyens, car il allait dans leurs maisons lorsqu’ils l’invitaient, et acceptait les repas qu’ils lui offraient. Il en reçut beaucoup de présents, et sa bienveillante libéralité les leur rendit avec abondance. Lorsqu’il arriva à la ville d’Orléans, c’était le jour de la fête de saint Martin, c’est-à-dire le quatrième jour du cinquième mois[i] ; une immense foule de peuple alla à sa rencontre avec des enseignes et des drapeaux en chantant ses louanges. Elles retentissaient de diverses manières, en langue syriaque, en langue latine, et même en langue juive. Tous disaient: Vive le roi ! Que durant des années innombrables sa domination s’étende sur les peuples divers ! Les Juifs aussi qu’on voyait prendre part à ces acclamations générales, disaient : Que toutes les nations t’adorent, fléchissent le genou devant toi, et que toutes te soient soumises ! D’où il arriva qu’après avoir entendu la messe, le roi étant à table dit : «Malheur à cette nation juive, méchante et perfide, toujours fourbe par caractère ! Ils me faisaient entendre aujourd’hui des louanges pleines de flatterie, proclamant qu’il fallait que toutes les nations m’adorassent comme leur seigneur, et cela afin que j’ordonnasse que leurs synagogues, dernièrement renversées par les Chrétiens, fussent relevées aux frais du public ; ce que je ne ferai jamais, car le Seigneur le défend. Ô roi en qui éclatait une admirable prudence ! Il avait si bien compris l’artifice de ces hérétiques, qu’ils ne purent rien lui arracher de ce qu’ils comptaient lui demander. Au milieu du repas, le roi dit aux prêtres qui étaient présents : Je vous prie de m’accorder demain la bénédiction dans ma maison, et de me porter le salut en entrant, afin que j’obtienne mon salut des paroles de bénédiction que vous ferez couler sur moi, et que je recevrai avec humilité. Comme il disait ces mots, nous lui rendîmes grâces, et le repas fini, nous nous levâmes.
Le matin, le roi, ayant visité les lieux saints pour y faire sa prière, arriva à notre logis. C’était la basilique du saint abbé Avite [Avitus], dont j’ai parlé dans le Livre des miracles [Gloire des Conf., XCIX]. Je me levai joyeux, je l’avoue, et allai à sa rencontre, et après avoir fait l’oraison, je le priai de vouloir bien accepter dans ma maison les eulogies de saint Martin[ii]. Il ne s’y refusa pas ; mais, étant entré avec bonté, il but un coup, et, après nous avoir invités à sa table, s’en alla gaîment. Alors Bertrand [Bertchramn], évêque de Bordeaux, et Pallade [Palladius], évêque de Saintes, étaient grandement tombés dans le déplaisir du roi, pour avoir reçu Gondovald [Gundonvald], dont nous avons parlé plus haut ; et la colère du roi contre l’évêque Pallade était d’autant plus grande que celui-ci avait souvent usé de tromperie à son égard. Ils avaient été peu de temps auparavant, interrogés par les autres évêques et les grands de la cour du roi, sur ce qu’ils avaient reçu Gondovald, et avaient très imprudemment, d’après ses ordres, sacré Faustien [Faustianus] évêque de Dax. 

 

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