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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Document 2 - Discours latin

163 J 7-01fin des années 1860.— Archives privées.
Discours de Franklin à Louis XVI, par Albert Brun. Composition de discours latin d’un collégien de Dijon.

Archives départementales de la Côte-d'Or,  163 J 7. 


Transcription : 

[Page 1]
Hic legatus1 adsum, rex potentissime2, qui pro populo misero auxilium a te petam, qui tibi de Britanniae erga patriam expostulationibus3 loquar.
Indignus ego certe Franklin Galliae ante regem innumerosque familiares ejus verbum suscipere4 ; sed faciam tamen, quia patria, quia justitia, quia mea erga patriam pietas5 postulant.
Vide ergo istos Britannos, qui adversus milites tuos hesterno6 die pugnabant, petentes a nobis maxima vectigalia7 quae belli impendia8 solvant ; 

[Page 2]163 J 7-02
haecne injusta ?
Sed non haec omnia ; Americam volunt Britanniae parere9. Quid, potentissime rex, nos servos esse credunt suos ? Quod jus in nos habent ? Et, etiam si haec justa essent, nonne timendum esset tibi, quamvis potentiori, ne Britannia augeretur10 ? Libertatem a te petimus, libertatem quae tam dulcis ferocibus populis est. Gloria sit militibus fortibus qui nobis hanc libertatem dabunt ; pereant11 autem qui nobis eam arripere volent ! Usque12 nunc miseri fuimus, sed Gallis nobiscum13, semper vincemus14.
Ad te cives mei miserunt, Galliae rex, cogitantes te, qui justitiam multum amas, justeque semper agis15, justitiae causam suscepturum16.
Nam miseros debent sublevare17 beati.

 

Traduction : 

[Page 1]
Je suis ici comme ambassadeur, roi très puissant, pour te demander de l’aide en faveur de mon malheureux peuple et te parler des demandes pressantes de l’Angleterre à propos de ma patrie.
Moi, Franklin, je suis certes indigne de prendre la parole devant le roi de France et ses innombrables familiers ; mais je le ferai quand même, car la patrie, car la justice, car la piété envers ma patrie le réclament.
Vois donc ces Anglais, qui combattaient hier contre tes soldats : ils nous demandent de très grandes redevances pour payer leurs dépenses de guerre ;

[Page 2]
N’est-ce pas injuste ?
Mais ce n’est pas tout : ils veulent que l’Amérique obéisse à l’Angleterre. Quoi, roi très puissant, ils croient que nous sommes leurs esclaves ? Quel droit ont-ils à notre égard ? Et, quand bien même cela serait juste, ne te faudrait-il pas craindre, toi qui es plus puissant, que l’Angleterre ne croisse ? C’est la liberté que nous te demandons, cette liberté qui est si douce aux peuples sauvages. Gloire soit aux soldats courageux qui nous donneront cette liberté ; qu’ils périssent, ceux qui voudront nous l’arracher ! Jusqu’à maintenant nous fûmes malheureux mais, avec les Français, nous vaincrons toujours.
C’est vers toi, roi de France, que mes concitoyens m’ont envoyé, car ils pensent que toi, qui aimes beaucoup la justice, et agis toujours justement, tu embrasseras la cause de la justice.
Car les gens heureux doivent soulager les malheureux.


1. legatus, i m : légat, ambassadeur
2. potens, entis : puissant
3. expostulatio, onis, f : demande, réclamation
4. Indiqué comme fautif par le correcteur. On pourrait mettre « suscipiam » (j’entreprendrai)
5. pietas, atis f : piété
6. hesternus, a, um : d’hier
7. vectigal, alis n : redevance, revenu, tribut
8. impendium, ii n : dépense, frais
9. pareo, es, ere, parui, paritum (+ datif) : obéir (à)
10. augeo, es, ere, auxi, auctum : faire croître, augmenter, enrichir
11. pereo, ire, ii : disparaître, périr
12. usque : jusque.
13. me-, te-, se-, nobis-, vobis-cum : avec moi, avec toi, avec soi, avec nous, avec vous.
14. vinco, is, vincere, vici, victum : vaincre
15. juste ago, is, ere, egi, actum : agir justement
16. suscipio, is, ere, suscepi, susceptum : entreprendre, assumer
17. sublevo, as, are, avi, atum : soulager

 

Commentaire : 
Il s’agit d’une composition de discours de collégien, qui est ainsi jugée par le professeur : « 2 ½ (1 f). Faible comme idées. Passable comme latin ». Ce texte, composé à la fin des années 1860, est censé avoir été prononcé en 1778 lors de la visite de Franklin à Versailles. 
Benoît Paul Albert BRUN puis BRUN d’ARTIS par décret du président de la République française du 28 juillet 1883 (né à Dijon le 23 mai 1854, baptisé à Saint-Michel de Dijon e 30 ; mort à Courlon, Côte-d’Or, le 22 mai 1897), marié à Courlon le 7 juillet 1883 à Marie Alice LE BOULLEUR de COURLON (née à Chaignay, Côte-d’Or, le 28 mai 1858 ; morte à Courlon le 3 décembre 1908) [fille d’Arthur LE BOULLEUR de COURLON et de Marie Élisabeth BORELLY]. Il était le fils de Joseph Félix Eugène BRUN (né à Dijon le 12 février 1823 ; mort à Dijon le 10 février 1893), avocat à Dijon, peintre, collectionneur, marié à Dijon le 31 janvier 1853 à Louise Marie Laure MENU de ROCHEFOND (née à Dijon le 20 juillet 1829 ; morte à Dijon le 5 janvier 1925). Le collégien de la fin des années 1860 deviendra saint-cyrien, puis officier.

Franklin est reçu à la cour de France en 1778 ; il ne fit probablement pas de discours latin, mais il fut convaincant, puisqu’un traité d’alliance franco-américain est signé le 6 février 1778.

La guerre de Sept Ans (1756-1763) avait opposée, notamment, la France à l’Angleterre. Elle marque la consolidation de la prééminence anglaise en Amérique du Nord et sur les mers. Franklin fait allusion à ses combats d’hier pour inciter la France, en aidant les Américains, à retrouver une influence en Amérique du Nord. On raconte que Franklin fut présenté au Roi par le comte de Vergennes. il « porta la parole, mais il parla au roi si bas, que les courtisans ne purent l’entendre » (Pierre Victor Jean Berthre de Bournisseaux, Histoire de Louis XVI : avec les anecdotes de son règne, Paris, 1829, t. 1, p. 187) : c’est ce qui permet d’en faire un sujet de composition… 

 

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