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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Contrairement à ce qui a été initialement annoncé, les Archives départementales de la Côte-d'Or ne participeront pas, cette année, aux Journées Européennes du Patrimoine.

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Le document du mois de septembre-octobre - Le 227e RI : "Dur comme cep"

Journal de marche pour temps de guerre
Autun – Toul (sept. 1939 – juin 1940)

 

Le 227e Régiment d’infanterie est un régiment dont l’histoire est relativement méconnue. Il fut formé lors de la Grande guerre et dissous en 1919. Puis reformé en septembre 1939, dans le cadre de la mobilisation générale, et comme bien d’autres, défait en juin 1940.

Certains (rares) Dijonnais pourraient le confondre avec le 27e RI dont les liens avec leur ville furent étroits jusqu’en 1998, mais l’un est le régiment doté de forces opérationnelles actives (le 27e), tandis que l’autre est un régiment de réserve des temps de guerre (le 227e).

Les lignes qui suivent ont pour objet de valoriser la teneur du Journal de marche du 227e RI en faisant ressortir les traits saillants de son histoire de septembre 1939 à juin 1940, ceci en regard d’un contexte général bien particulier : celui des 10 premiers mois de la Seconde guerre mondiale.

Journal de marche du 227e RILe Journal de marche sur lequel nous nous sommes penché est conservé aux Archives départementales de la Côte-d’Or, sous la cote 1 J0 64 qui renvoie aux archives de son Amicale régimentaire recueillies par don (Voir en bas de page).

Un Journal de marche et d’opérations (JMO) n’est pas un ouvrage historique abouti, mais une source essentielle pour avoir un premier aperçu de la structure d’un régiment, des affectations et mutations, des cantonnement, des déplacements, des actions et événements notoires, etc.

Certes, ce Journal de marche du 227e RI pourrait bien être une restitution de l’original brûlé le 22 juin, vers 13 h, en même temps que le drapeau et d’autres archives, sur ordre du général de division, à cause des circonstances, pour reprendre une expression de ce temps-là. Mais si, parfois, la mémoire ou l’objectivité des restituants a été prise en défaut (Bruge, Les combattants du 18 juin, I, p. 543), il ne nous semble pas que sa trame soit insincère.

Autographe du sergent Lazare BlondanArchives familiales,
autographe du sergent Lazare Blondan [vers décembre 1939]

ADCO, 1 J0 64ADCO, 1 J0 64,
Amicales des Anciens du 227e RI [1950]

 

I. La mobilisation

 

Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes pénètrent en Pologne sans déclaration de guerre. Face à cette agression qui s’inscrit dans un contexte international qui n’a cessé de se tendre depuis l’accession d’Hitler au pouvoir, la France et l’Angleterre réagissent en alliés. La mobilisation générale est décrétée à partir du 2. Au matin du 3, la Grande-Bretagne se considère en guerre contre l’Allemagne nazie, et quelques heures plus tard, la France adopte la même attitude. Le 4, on compte près de 5 millions de Français mobilisés, dont la moitié est combattante, ce qui est beaucoup pour un pays de 42 millions d’habitants. De partout, qu’ils soient d’active, appelés, engagés ou réservistes, soldats, sous-officiers et officiers, de troupe ou d’encadrement, les hommes ne cessent de converger vers les centres mobilisateurs.

Pour bon nombre de Côte-d’Oriens et d’autres Bourguignons de Saône-et-Loire ou de l’Yonne, mais aussi de Berrichons et de Parisiens venant de recevoir leur fascicule de mobilisation, le premier ordre reçu du centre mobilisateur 81 est de se rendre à Autun (Saône-et-Loire). C’est là, en effet, qu’à partir du 3, ils seront incorporés, le nécessaire pour les accueillir ayant été entrepris quelques jours plus tôt, comme en attestent les premières lignes du Journal de marche du 227e régiment d’infanterie tout juste en cours de formation : « 25 août. Arrivée à Autun des cadres précurseurs des unités : lieutenant-colonel de la Vernette du 27e RI, commandant le régiment ; chef de bataillon Brice, chef d’état-major du régiment ; chefs de bataillon Drouhin (I/227), Girard (II/227), Dudouit (III/227) ».

ADCO, 1 J 0 64 ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 1

 

II. L'ordre de bataille

 

Le 5 septembre, le chef de bataillon de Coucy succède au lieutenant-colonel de la Vernette. Du 6 au 10, après les arrivées massives, le régiment est mis sur pied, en ordre de bataille. Le 10, il est présenté au drapeau et au colonel Le Brigand, commandant l’infanterie divisionnaire (ID/58).

Le 227e RI comprend trois bataillons (I/227, II/227 et III/227), composés chacun de 3 compagnies (Cies 1, 2, 3 ; 5, 6, 7 ; 9, 10, 11) subdivisées en sections, puis en groupes. à ces 9 compagnies, il faut ajouter 3 compagnies d’accompagnement, soit une par bataillon (CA/1, CA/2, CA/3). Et encore la compagnie de commandement (CDC) et la compagnie hors rang (CHR), laquelle se dotera d’un corps franc (CF). Sans oublier l’état-major (EM) dont le chef a grade de chef de bataillon. Les chefs de bataillon sont des officiers d’active, leurs adjoints ont le grade de capitaine. Les compagnies sont commandées le plus souvent par des capitaines, parfois des lieutenants, aussi bien d’active que de réserve. Dans toute compagnie on compte au moins deux sous-officiers. Le médecin-chef a grade de capitaine, le vétérinaire de lieutenant. La documentation que nous avons pu rassembler dénombre de nombreux réservistes trentenaires, et recense une quinzaine d’instituteurs originaires de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire, ayant souvent grade de lieutenant de réserve.

ADCO, 1 J0 64 ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 1

ADCO, 1 J0 64 ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 2

 

À Autun, ceux du 227e apprennent qu’ils appartiennent à la 58e division d’infanterie (58e DI), tout comme ceux du 204e et du 334e, et ceux de quelques unités distinctes de l’infanterie traditionnelle. Cette 58e DI est une division de type B, deuxième réserve, sa vocation est donc plus défensive qu’opérationnelle.

Plus tard, pour souligner son lien avec Autun et ses racines bourguignonnes, le 227e adoptera pour insigne de corps un écu représentant la porte Saint-André et un pied de vigne aux grumes rouges et charnues. Quant à sa devise, elle proclame fièrement : « Dur comme cep ».

Le 11 septembre, le lendemain de la présentation au drapeau, les premiers éléments quittent Autun par la route en direction du nord. Les autres suivent peu après, parfois en train, ce qui est le cas de l’EM. Tous font étape à Marbache, une petite ville dotée d’une gare régulatrice, équidistante de Nancy et de Pont-à-Mousson. Puis, de Marbache, échelons précurseurs, hommes de troupe et cadres gagnent aisément le secteur de Saizerais, Rosières-en-Haye et Avrainville. C’est là, au cœur de la Meurthe-et-Moselle, qu’ils découvrent et organisent leur première zone de concentration. Ils y cantonneront jusqu’à la fin du mois pour les besoins de leur instruction et entraînement, notamment au combat et au tir.

 

Le 227e RI en Lorraine et en Sarre
Repères topographiques (schématiques)

 

Carte (conception : J. Penotet)Après avoir quitté Autun, le 227e arrive à Marbache et s’installe près de Saizerais  où il est mis à l’instruction. À l’issue de celle-ci et au prix de longues marches, il est envoyé en Sarre, aux avant-postes entre la ligne Maginot et la frontière, dans le secteur de Bouzonville  2 .
Après deux mois de guerres de patrouilles et de coups de main, il est relevé et, via Luppy 
3 , regagne Saizerais  4 .
À la mi-janvier 1940, il remonte en couverture frontière près d’Husssigny-Godbrange 
5 .
Le 3 mars, il est déplacé sur la Position avancée de Longwy 
6 . C’est là, le 10 mai, qu’il encaisse le choc de la première grande offensive allemande. Peu après, il se replie sur la 2e position, près d’Audun-le-Roman  7 . En réaction à l'offensive de juin, il accomplit un mouvement de rocade en direction de Mangiennes et de la Meuse  8 . Finalement, le 13 juin, il devra battre en retraite et, via Eix et Mouilly  9 , atteindra Toul  10  où il livrera son dernier combat.

 

III. En Lorraine, sur le pied de guerre

 

La période d’instruction achevée, le 1er octobre le 227e peut quitter ses cantonnements de Saizerais et environs pour monter vers le nord, en direction de Metz et de sa région. Mais ce n’est qu’une étape qui s’inscrit dans une série de marches de nuit visant à s’approcher discrètement du front. S’ensuivent les missions de reconnaissance, l’aménagement des positions à occuper, les relèves, d’abord celles à proximité des fortifications de la ligne Maginot, enfin celles des avant-postes, inévitablement au vu et au su de l’ennemi. Là, le régiment est en Sarre, à l’est de Thionville, aux confins du département de la Moselle. Il est tout près de Bouzonville, à quelques pas de notre frontière du nord-est, sur le pied de guerre.

Et c’est là, entre creusement de tranchées, pose de barbelés et aménagement de positions à équiper en armes automatiques, que plusieurs de ses hommes subissent, pour la première fois, l’épreuve du feu. Non pas dans le cadre d’une offensive ennemie d’envergure, mais du fait d’infiltrations de groupes francs allemands ayant ordre de tester les défenses mises en place et de ramener des prisonniers à interroger. La première section du 227e à être ainsi attaquée est celle qui tenait, le 26 octobre, les avant-postes de la voie ferrée de Grindorff-Bizing. Quant à l’incursion du 10 novembre, dans le même secteur, elle fut précédée d’un violent bombardement d’artillerie qui bouscula la section cachée dans le Bois de Grossenwald. Par deux fois, les hommes ont tenu tête, mais l’ennemi a tué et fait des prisonniers.

Entre-temps, le 1er novembre voit arriver le  lieutenant-colonel Marcouire, désigné par ordre de mutation du Grand Quartier Général pour prendre le commandement du 227e RI. Il en sera son 3e et dernier chef de corps, commandant le régiment jusqu’au terme des combats. Cet officier est âgé de 54 ans, il a combattu durant la Grande guerre.

 

IV. Pour le moral des troupes et des familles

 

Précédemment, une autre arrivée n’était pas passée inaperçue : celle de Jean Bouhey, le 14 septembre, pour prendre le commandement de la 1ère compagnie, en sa qualité de capitaine de réserve. Qui pouvait ignorer qu’il était le seul député socialiste ayant voté, le 4 octobre 1938, contre la ratification des Accords de Munich permettant l’annexion au Reich d’une partie de la Tchécoslovaquie ? Ou bien encore que ce député de la Côte-d’Or, élu du Front populaire dans l’arrondissement de Beaune, avait été l’un des co-fondateurs de La Bourgogne républicaine en 1936 ?

Du fait de la présence d’un tel directeur de presse au front, gageons que bien des lecteurs et abonnés du quotidien dijonnais espéraient trouver dans ses colonnes de quoi intéresser soldats et familles. Leurs désirs furent exaucés, périodiquement, aussi bien par le texte que par l’image.

Un premier exemple nous en est donné par l’article paru le 8 novembre 1939 sous le titre « Postes avancés » et l’écho que celui-ci reçu. C’est au front que le sergent Lazare Blondan, instituteur à Argilly, près de Nuits-Saint-Georges, en prit connaissance avant de s’empresser d’écrire à sa famille : « Postes avancés : c’est nous » (Archives familiales, lettre datée [Menskirch, près de Bouzonville] le 11 novembre 1939).

ADCO, PER 162/10
ADCO, PER 162/10,
La Bourgogne républicaine, 27 décembre 1939

Et pour second exemple, renvoyons à la photographie d’un groupe de 22 soldats, publiée le 27 décembre 1939 et légendée « un groupe de Dijonnais et de Bourguignons quelque part… en France ». Certes, de tels reportages ou photographies ne révèlent pas tout, mais ils sont de nature à vivifier le lien armée-nation, à animer l’esprit de corps, et apaiser l’angoisse des familles. Ainsi l’ont bien compris Jean Bouhey, capitaine et patron de presse, mais encore les services de la censure militaire.

ADCO, PER 162/10

ADCO, PER 162/10 ADCO, PER 162/10
ADCO, PER 162/10, La Bourgogne républicaine, 8 novembre 1939

 

V. Une drôle de guerre

 

On sait aujourd’hui que la solidarité avec la Pologne n’est allée guère au-delà d’une mobilisation générale et du renforcement de la protection des frontières s’étirant de Dunkerque à la Suisse (750 km), et à travers les Alpes puisqu’il était à craindre que le Duce fît cause commune avec le Führer. Vingt-et-un ans seulement après l’Armistice de 1918, des millions d’hommes gardaient en mémoire les horreurs de la Grande guerre. Elle avait été totale, infiniment meurtrière et empreinte de souffrances indicibles. Mais cette fois, c’est une « drôle de guerre ». Les états qui ont envoyé un ultimatum à l’Allemagne pendant qu’elle envahissait la Pologne et qui, sur une fin de non-recevoir, s’étaient déclarés en guerre avec elle, laissèrent ensuite « la machine guerrière fonctionner à vide » (Sartre, Carnets de la drôle de guerre, XII).
Contrairement à toute logique, ils ne déclenchèrent aucune offensive-sanction d’ampleur. Attendre…, se « retenir dans l’attente et la défensive » (ibidem), comment cela pouvait-il suffire pour que le Führer évacuât la Pologne et qu’on en revînt aux frontières d’avant tout en réglant la question de Dantzig ?
Et puis rien n’est simple : le 17 septembre, à son tour, l’armée soviétique entrait en Pologne pour occuper la partie orientale. Il n’y avait plus d’état polonais.

Oui, une drôle de guerre, une « guerre de patrouilles », lit-on dans la presse du moment, émaillée d’escarmouches, d’embuscades, d’accrochages, de coups de main avec des effectifs de la valeur d’une compagnie. Même s’il faut compter avec les duels d’artillerie, meurtriers, mais épisodiques, et les opérations aériennes nombreuses sur le front et à l’intérieur.

Après avoir subi les raids des 26 octobre et 10 novembre, le 227e fut relevé et quitta ses postes avancés pour faire mouvement vers le sud. Par une nouvelle série de marches quotidiennes de 30 à 35 km, souvent nocturnes et dont les étapes sont égrenées dans son Journal de marche, il se rapprocha de Metz, pour y stationner et s’y reposer.

Des permissions sont alors accordées. C’est ainsi que le capitaine Jean Bouhey peut regagner Dijon et participer à une session du conseil général où il représente le canton de Nuits-Saint-Georges depuis 1931. C’est une opportunité que saisissent ses confrères journalistes de La Bourgogne républicaine pour le rencontrer. Et faire état de leurs conversations à la une du quotidien du 12 novembre 1939.

Le 21 novembre, une prise d’armes eu lieu à Luppy, avec remise de décorations. Au lendemain de celle-ci, le 227e continue en direction de Nancy et de Saizerais où il est remis à l’instruction.

ADCO, PER 162/10ADCO, PER 162/10,
La Bourgogne républicaine, 12 novembre 1939

ADCO, PER 162/1013/04/1939

ADCO, PER 162/1123/02/1940

ADCO, PER 162/11

ADCO, PER 162/1111/02/1940

ADCO, PER 162/10

ADCO, PER 162/1011/12/1939

ADCO, PER 162/1009/12/1939

ADCO, PER 162/1102/02/1940

ADCO PER 162/10 : année 1939
ADCO PER 162/11 : année 1940

 

VI. Remonter au front, en couverture frontière

 

À la mi-janvier 1940, le 227e reçoit l’ordre de remonter vers les frontières du nord-est. C’est une épreuve car les routes sont enneigées et verglacées. Les marches sont quasi-quotidiennes, par tronçons de 15 à 18 km « seulement ». Et les accidents nombreux. Parti le 12, le régiment touche au but le 23 janvier. Finalement, en février la situation est la suivante : le PC du colonel est installé au camp de Morfontaine (une position fortifiée de la ligne Maginot) et le 2e bataillon en position de « couverture frontière » à Hussigny-Godbrange (à l’est de Longwy, en Meurthe-et-Moselle), face aux premières lignes allemandes. Instruction et travaux se poursuivent, autant que faire se peut, sur un sol gelé jusqu’à 60 cm de profondeur.

Le 3 mars, le 227e est déplacé plus à l’ouest, sur la « Position avancée de Longwy » (la PAL). C’est une position à forme de saillant, en flèche, à la jonction des frontières française, belge et luxembourgeoise, à 15 km en avant de la ligne Maginot, à l’extrémité ouest de celle-ci. Le 227e doit y organiser des lignes de défense avec d’autres unités de la 58e DI.

Son 2e bataillon (II/227) est affecté à Longwy-Haut, secteur nord-ouest, tandis que le III/227 s’installe à Mont-Saint-Martin, face au nord, et que le I/227 reste en arrière.

C’est là, sur la PAL, que le 10 mai 1940, à 5 h, le 227e encaissera le choc de l’offensive ennemie et comprendra vite qu’il en est désormais fini de cette drôle de guerre, et que la « vraie » commence.

ADCO, 1 J0 64ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 13

« Fall Rot » (« Plan Rouge ») : offensives des chars allemands du 5 au 18 juin 1940 Après la bataille de Longwy  1 , le 227e RI se retrouve dans le secteur d'Audun-le-Roman  2 . Le 10 juin, il effectue une rocade en direction de Mangiennes   et de la Meuse.
Du 13 au 17 juin, il bat en retraite jusqu'à Toul 
4 . Ce même 17 juin, alors que le 227e s'organise pour livrer son dernier combat, les éléments précurseurs de l'armée allemande pénètrent dans Dijon  5 .

Source : K.-H. Frieser, Le mythe de la guerre-éclair : la campagne de l'Ouest de 1940, p. 476, n° 46.

 

VII. Longwy, le 10 mai 1940 : la bataille commence

 

ADCO, PER 162/11Le 10 mai 1940, après être entrées en Hollande, en Belgique et au Luxembourg, les troupes allemandes s’élancent contre la France. L’attaque est violente, brutale. Sur la ligne de front, bien sûr. Mais loin en profondeur aussi : relevons, par exemple, que ce même jour et pour la première fois de son histoire, la base aérienne de Dijon-Longvic est bombardée et le lieutenant-colonel Lamon, commandant le Groupement de chasse n° 24, tué. Sans oublier les deux Morane 406 (du GC III/6) envoyés en mission d’interception d’une dizaine de bombardiers allemands et abattus en flammes, obligeant leurs pilotes, le sergent Hardouin et l’adjudant Goujon, à sauter en parachute, l’un près de Dijon, l’autre de la forêt de Cîteaux. Ce jour-là, la chasse française a effectué 360 sorties et revendiqué 36 victoires sûres (Martin, Ils étaient là…, 10 mai 1939).

Pour la France et ses alliés, la surprise est totale. En quatre jours, les divisions ennemies dépassent la frontière franco-belge de presque 20 km. Sedan est prise, qui est au centre du dispositif allemand du moment. Puis la Meuse est traversée et le front définitivement rompu. La « Percée de Sedan » est une réussite pour la Wehrmacht. Les blindés des groupes Guderian, von Kleist et autres sont passés ! Là-même où, naguère, de hauts responsables français, civils ou militaires, avaient estimé que la configuration du massif des Ardennes, la densité de ses forêts, l’étroitesse de ses routes et la largeur de la Meuse les en empêcheraient. Et donc cru bon de ne pas prolonger la ligne Maginot jusqu’à la mer.

Reste aux divisions de Panzer soutenues par la Luftwaffe à disloquer le dispositif défensif allié positionné au-delà de l’extrémité ouest de la ligne Maginot, c’est-à-dire au nord de l’Aisne et de la Somme, voire en territoire belge. Elles y parviendront grâce à leur gigantesque opération d’encerclement – plus tard baptisée « Premier coup de faucille » – qui les mènera jusqu’aux côtes et ports de la Manche (20 mai) et bien sûr, aux plages et à la prise de Dunkerque. Fin mai, le Plan jaune (Fall Gelb) de la Wehrmacht est couronné de succès. Côté français, il appert pour certains, ou se confirme pour d’autres, que la guerre de position modèle 14-18 est obsolète. La stratégie militaire est à un tournant de son histoire : l’offensive, le mouvement et la mécanisation doivent avoir la primauté. Blindés et aviation valent mieux que tranchées et fortifications.

Pour le 227e, les trois premiers jours de l’offensive ont été meurtriers. Des avions ennemis ont mitraillé en vol rasant des tranchées, comme celles de Laix, au sud de Longwy. Les survivants eurent à relever quelque vingt-cinq corps. Autant de Morts pour la France tombés à Longwy, à Mont-Saint-Martin et autres lieux d’un secteur distant de Sedan de 70 km seulement.

ADCO, 1 J0 64

ADCO, 1 J0 64ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 17

Le 13 mai au soir, la bataille de Longwy est terminée. Sur zone, les Allemands ne maintiennent pas le contact. Vers 19 h, le 227e reçoit l’ordre de se replier sur une ligne allant de Longuyon à Thionville, ce qui l’éloigne de la frontière belge. Moins pour être mis au repos que pour tenir des intervalles entre les ouvrages fortifiés et certains sous-secteurs comme ceux de Baslieux, Laix, Ludelange et Havange. Durant une quinzaine de jours, le régiment y effectuera des travaux de sapeur, procédera à des réaffectations d’officiers et recevra des renforts. Ceci, tout en s’interrogeant sur les prochaines intentions allemandes. Lesquelles ne tardent guère à se concrétiser puisque les 26 et 27 mai, ses hommes sont victimes de tirs d’artillerie. Après avoir perdu douze des siens à Havange, le 227e décroche pour être mis sur la 2e position, près de Sancy et d’Audun-le-Roman.

Mais le pire reste à venir. En effet, une fois le corps expéditionnaire britannique ré-embarqué à Dunkerque (Opération Dynamo, du 26 mai au 4 juin) et d’innombrables soldats français et alliés neutralisés ou faits prisonniers (à hauteur de 800 000), Hitler et le haut état-major allemand peuvent redéployer vers le sud leur dispositif global afin de mettre en œuvre le Plan rouge (Fall Rot) qui parachèvera leur victoire. Qu’entre-temps Weygand ait été nommé généralissime en remplacement de Gamelin ne renversera pas le cours de l’Histoire.

 

VIII. La Débâcle (5-16 juin 1940)

 

La seconde phase de la campagne des armées du Reich débute donc le 5 juin par une nouvelle attaque massive des Panzerdivisionen (PzDiv). Comme pour la précédente, les Ardennes sont une base de départ. Le Groupe von Kleist et, sur son flanc Est, le Groupe Guderian, l’un et l’autre soutenus par la Luftwaffe, lancent une charge en profondeur contre la France. Leur supériorité est telle qu’ils atteindront la Loire et la Saône en une douzaine de jours seulement... et, peu après, Pontarlier, donc la frontière suisse, Besançon et Belfort. La stratégie mise en œuvre est tellement efficace qu’elle rend obsolète la ligne Maginot, désormais prise à revers, ensemble ses ouvrages et ses hommes.

Le 10 juin, alors qu’il stationne toujours près de Sancy et d’Audun-le-Roman, le 227e reçoit l’ordre de faire mouvement vers l’ouest, en direction de Mainville et de Mangiennes, au sud de Longuyon. C’est un mouvement dit « de rocade », parallèle au front, à la Ligne, à 15 -20 km de la frontière belge, qui pousse les hommes à s’interroger car ils se retrouvent alors dans le département de la Meuse. Le 11, l’inquiétude point quand plus de 50 bombardiers ennemis survolent le régiment. Où peuvent-ils bien aller ? Le 12, les craintes s’avèrent prégnantes, surtout du fait des villageois rencontrés au hasard, et qui répètent plus ou moins fidèlement aux soldats ce qu’ils ont entendu à la TSF : que la situation s’est singulièrement dégradée…, que l’ennemi a franchi la Seine en aval de Paris…, que la Marne est atteinte et Reims dépassé…, que la ligne Maginot pourrait être abandonnée…, que c’est l’exode… Et plus inquiétant encore, que le gouvernement a quitté Paris en direction de Tours ! Information, rumeur ou « bobard » ? Comment démêler le vrai du faux ?

Le 13 au soir, pour ceux du 227e, si l’on en sait un peu plus, cela ne présage rien de bon car l’ordre parvenu au régiment est de se replier. C’en est fini des mouvements en direction des frontières du nord-est. Désormais, il faut tourner définitivement le dos à cette ligne Maginot censée protéger la France, et battre en retraite, droit au sud. Quatre marches de nuit seront nécessaires aux hommes, partis de Mangiennes ce soir-là, pour arriver dans le secteur de Toul le 17, vers midi.

Ils y arrivent exténués, harassés. Cela se comprend : d’Audun-le-Roman à Toul, en 6 étapes via Mainville, Mangiennes, Eix, Mouilly et Apremont, c’est un total de 150 km qu’ils ont effectués à marche forcée essentiellement de nuit. Dans ce large couloir bordé par la Côte de Meuse et la Côte de Moselle qu’ils ont emprunté, ils étaient mêlés aux flots de réfugiés belges, luxembourgeois, mosellans et autres frontaliers, c’est-à-dire des milliers de familles et d’enfants errants et apeurés. Sans compter toutes sortes de convois disloqués, voire de groupes de soldats en débandade. Quant au pire, ils l’ont connu lorsque plusieurs avions ennemis ont piqué sur eux, sirènes hurlantes, le 15, à Mouilly, les mitraillant et bombardant pour les laisser avec deux morts supplémentaires et de nombreux blessés.

Pendant ce temps, le 14 juin, le gouvernement arrive à Bordeaux et les troupes allemandes entrent dans Paris déclarée ville ouverte. Le 15, le Groupe blindé Guderian atteint Langres, tandis que Châtillon-sur-Seine est bombardée. Le même jour, plusieurs divisions allemandes déferlent sur la France. Les unes débouchent sur Sarrebrück et Forbach, après avoir traversé le Palatinat via Kaiserslautern en empruntant l’une des plus vieilles autostrades allemandes, l’une de celles dont l’intérêt stratégico-militaire n’avait pas échappé à ses constructeurs, et qui double la voie ferrée filant sur Metz. Les autres pénètrent en Alsace après avoir franchi le Rhin. D’autres encore partent de Fribourg-en-Brisgau en direction de Mulhouse et de Belfort. Leur objectif commun : finaliser l’encerclement des armées françaises positionnées en Lorraine, les réduire et assurer ainsi la réussite du « Second coup de faucille ».

ADCO, 1 J0 64ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 21

 

IX. Cesser ou continuer le combat ? (17 et 18 juin 1940)

 

La situation militaire est tellement catastrophique, que dès le 17 juin, le maréchal Pétain (tout juste nommé, par le Président de la République Albert Lebrun, président du Conseil en remplacement de Paul Reynaud) en vient à déclarer aux Français, à la radio, en des termes restés tristement célèbres : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat », cela avant même de préciser qu’il s’est adressé à « l’adversaire » pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec lui « après la lutte et dans l’honneur les moyens de mettre un terme aux hostilités ». Il n’en est pas moins vrai que si ses analyses et positions rencontrent, à ce moment-là, un écho favorable dans l’opinion publique, elles ne font pas l’unanimité : quelques heures auparavant, le général de Gaulle s’était envolé pour l’Angleterre, prenant l’exact contre-pied de ces conclusions et de leurs motivations politico-militaires. L’Allemagne nazie est bien autre chose qu’un « adversaire »… Ce que Pétain reconnaîtra plus tard, comme en atteste l’emploi du mot « ennemi » plusieurs fois répété dans la déclaration qu’il fait lors de l’ouverture de son procès en Haute cour de justice, en juillet 1945, deux mois après la capitulation de cette même Allemagne nazie.

Qu’il nous soit permis aussi de souligner la cruauté de certaines coïncidences. En effet, ce même 17 juin, alors que le 227e arrive à Toul pour s’installer en défense et tenir une ligne d’arrêt, l’ennemi, lui, est à Autun. Autun, la ville d’où le 227e était parti neuf mois plus tôt, loin d’imaginer une telle catastrophe, un tel chaos, une telle débâcle… Tout comme ses éléments précurseurs pénètrent dans Dijon, la ville du 27e RI, ce vivier des réserves du 227e, et la cité si chère à bien de leurs hommes pour mille raisons. Mais de tout cela, que savent-ils, ces soldats, sous-officiers et officiers originaires de Côte-d’Or et de Bourgogne qui ne reçoivent maintenant plus aucune correspondance de leurs proches ?

Le 18, à 16 h, la bataille de Toul est commencée. Au centre du dispositif, le 227e assure seul la défense de la ville. Sur son flanc ouest, face au nord, se tiennent les autres unités de la 58e DI commandée par le général de division Perraud, soit les 204e et 334e RI et la 6e DINA. à l’est, le 227e est flanqué des bataillons ou éléments restants des 100e, 201e et 310e RI (51e DI, général de division Paul Boell). Les liaisons entre tous sont assurées autant que faire se peut.

Face à ces unités, la 58e Infanteriedivision (58. ID), supérieure en effectifs et matériel de guerre, se montre particulièrement offensive. Parmi ses objectifs : faire sauter le verrou, enserrer l’ennemi français dans de vastes « poches », puis le boucler dans des « réduits », pilonner, soumettre.

 

X. Combattre jusqu'au bout

 

Du 18 au 22 juin, le 227e livre bataille. Sa bataille sera perdue. Mais il l’aura livrée en sa qualité d’entité militaire disciplinée, courageusement, honorablement. Très probablement aussi en ignorant l’Appel lancé sur les ondes de la BBC par le général de Gaulle qui se refuse à envisager une défaite définitive. En tout état de cause, sans faillir et avec abnégation, ainsi qu’en témoigne Pierre Ordioni dans son ouvrage Les cinq jours de Toul, Ed. R. Laffont, 1967, 279 p. Précisons qu’il s’agit d’un ouvrage dont la lecture donne beaucoup de corps et de vie au Journal de Marche du 227e conservé aux ADCO. On y apprécie notamment les portraits brossés avec finesse et intelligence des principaux frères d’armes du lieutenant devenu auteur. Et on est sensible à son souci d’historien de confier à ses lecteurs tant d’identités et de noms, et d’égrener tant de professions et de métiers exercés dans la vie d’avant : du notaire au prêtre, du couvreur au médecin, du ferblantier au négociant en vins, du téléphoniste à l’instituteur. Une guerre n’est jamais une abstraction.

Les journées les plus meurtrières sont celles des 19, 20 et 21 juin. Des combats de rue sont menés au centre-ville de Toul. Les tirs d’artillerie les plus violents et les engagements les plus acharnés remontent au 20. C’est ce jour-là que le front de circonstance organisé par le 227e craque douloureusement. Le bilan est sévère : plus de 80 morts à Toul intra muros, auxquels il faut ajouter la dizaine d’hommes tombés dans les environs, sans oublier ceux qui, mortellement blessés, succomberont dans les hôpitaux d’évacuation.

Finalement, dans la nuit du 21 au 22 juin, le général de corps d’armée Dubuisson commandant les troupes encerclées au sud de Toul décide « en raison des conséquences des attaques ennemies de la journée [de] cesser toute résistance » et « d’envoyer un parlementaire au commandant en chef de l’armée ennemie pour lui notifier cette décision et lui demander les honneurs de la guerre ». Les pourparlers aboutissent à une convention de cessez-le-feu qui sera exécutoire le 22, quand son texte sera parvenu aux unités en ligne, soit à 9 h 30 pour le 227e.

Vers 13 h, sur ordre du général Perraud, commandant la 58e DI, le drapeau du régiment est brûlé, en présence du capitaine Jean Bouhey qui le salue pour la dernière fois.

Puis les archives subissent le même sort, au moins pour une partie d’entre elles. Les armes individuelles sont laissées intactes et déposées, formant faisceaux. Les armes automatiques sont mises hors de service. Les hommes quittent le bois du Chanot et sont regroupés dans la perspective de se rapprocher de Toul.

Ce même 22 juin, la convention d’armistice franco-allemande est signée dans la clairière de Rethondes, près de Compiègne, ses conditions ayant été énoncées la veille en présence d’Hitler. Mais la date de son entrée en vigueur n’est pas indiquée. Une clause suspensive, en effet, oblige d’assurer une concordance avec la convention d’armistice italo-française qui s’annonce.

En cherchant à gagner ainsi du temps, les puissances de l’Axe veulent parfaire leur victoire, notamment en neutralisant ou capturant encore plus de soldats français et alliés. Précisons que c’est dans la nuit du 24 au 25 juin, à 0 h 35, que les deux conventions entrent en application, simultanément. En 47 jours, du 10 mai au 25 juin, l’armée française est défaite.

ADCO, 1 J0 64

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ADCO, 1 J0 64ADCO, 1 J0 64, Journal de marche, p. 24, 25, et 26

 

XI. Vaincus, avec les honneurs de la guerre

 

La délégation française et le gouvernement de Bordeaux avaient-ils essayé d’obtenir du Führer quelques concessions en faveur de certaines catégories de régiments dans lesquelles serait entré le 227e RI ? Rien n’est moins sûr. Les clauses de la convention d’armistice ont été énoncées par les Allemands, sans avoir vocation à être négociées. Les intentions qui les sous-tendaient s’avèrent machiavéliques.

Si, le 22 juin au matin, ceux du 227e ont espoir d’être rapidement démobilisés, il n’en sera rien. En effet, le texte fait la distinction entre les troupes stationnées et les troupes encerclées…, une subtilité (?) qui semble avoir échappé aux plénipotentiaires français et au gouvernement de Bordeaux… Ceux du 227e auraient été « rapidement ramenés sur le territoire non occupé et démobilisés » s’ils s’étaient trouvés dans la situation des « forces armées françaises stationnées dans les régions à occuper par l’Allemagne » (Convention d’armistice, art. 4). Or ils sont du nombre des « troupes françaises déjà encerclées par les troupes allemandes » à qui « le gouvernement français ordonne [de déposer] immédiatement les armes » conformément à l’article 1er de ladite Convention. Pour avoir combattu jusqu’au bout en étant cernés de toute part, ceux du 227e ne sont pas démobilisables, mais voués à la captivité.

Bien évidemment, le 22 juin au soir, pour ces hommes « toujours sous les armes, qui marchent au pas cadencé à travers le no man’s land vers les lignes allemandes », ainsi qu’en témoigne Pierre Ordioni, tout cela est ignoré. Si certains envisagent de s’échapper à ce moment-là, leur colonel ne saurait les y encourager : pour lui l’obéissance et la subordination militaire priment.

Pour passer la nuit, les rescapés des combats s’installent en bivouac. Et, le dimanche 23,    ils entrent dans les lignes ennemies, en armes, passant près du bois et du fort du Tillot, puis du pont sur la voie ferrée, à la lisière du bois du Prêtre-Noyé, là où de nombreuses tombes jalonnent la route. Sur l’accotement deux sections allemandes sont en tenue de campagne. Elles les attendent au garde-à-vous, l’arme au pied. Elles sont ici pour rendre les « honneurs de la guerre », accordant ainsi un témoignage d’estime aux survivants des combats terminés et, à travers eux, à leurs camarades tués au combat. Au carrefour de la route de Blénod-les-Toul, des soldats allemands s’emparent des armes qui leur sont tendues et les entassent. Puis la colonne s’engage sur la grand-route en direction de Toul et franchit la Rigole d’alimentation de Valcourt (où un monument commémoratif est aujourd’hui érigé). Et c’est finalement là, à 2,5 km de Toul, que les soldats, sous-officiers et officiers sont séparés les uns des autres.

Ainsi démembré, le 227e RI cesse d’exister.

ADCO, 1 J0 64 ADCO, 1 J0 64,
Journal de campagne de l'Armée allemande de la Moselle (extraits)

 

XII. Défaits et prisonniers

 

Il est 16 h 30, ce 23 juin 1940. Pour les troupes qui ont déposé les armes dans la « Zone encerclée de Lorraine », soit environ 50 000 hommes, dont 3 000 dans le secteur de Toul, il en est fini des huit petites semaines de combats ayant conduit à la défaite de l’armée française.

Certainement ces hommes sont-ils soulagés d’avoir échappé à la mort. Mais divers tourments pourraient bien les ronger : que subira la France ? Que vivront leurs familles ? Que deviendront-ils maintenant qu’ils sont entre les mains de l’ennemi ?

Dans l’immédiat, ils se retrouveront derrière les barbelés d’un Frontstalag, à Verdun, à Nancy ou ailleurs. Quelques semaines plus tard, il sera question de leur transfèrement en Allemagne, voire en Pologne (Poméranie). Là, bien loin de France, comme un million et demi d’autres prisonniers de guerre français, ils connaîtront tel Stalag ou tel Oflag, selon qu’ils sont soldats du rang ou officiers. Certains seront libérés et rapatriés en août 1941, comme Jean Bouhey (qui rejoindra la Résistance), d’autres se seront évadés, comme Marcel Gantheret, ou bien auront été « transformés en travailleurs libres », mais les plus nombreux d’entre eux (environ les deux tiers) ne seront rapatriés qu’après la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, le 8 mai 1945, et cinq ans de captivité.

Que de vies bouleversées depuis ces premiers jours de septembre 1939 !
Que de brutalités et de souffrances, de vies brisées et de destinées tragiques !

 

Puissent ces quelques lignes mieux faire connaître le 227e RI, même si beaucoup reste à faire pour en parachever l’histoire.

Puissent-elles aussi contribuer à honorer la mémoire de ses hommes, ceux qui connurent la fin de cette guerre, et à communier par la pensée avec ceux qui furent trop tôt arrachés à la vie.

 

Photographie du 227e RI (Archives familiales)Aidez-nous à les identifier
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Photographie du 227e RI (Archives familiales) Photographie du 227e RI (Archives familiales)
Archives familiales, droits réservés

 

ADCO, PER 160/480ADCO, PER 160/480,
Le Bien Public, 21 décembre 1999, Courrier des lecteurs

 

Sources, bibliographie et remerciements

 

Sources

 

ADCO, 1 J0 64, 227e RI (fonds d'origine privée).

ADCO, PER 162/10-11, La Bourgogne républicaine, 1939-1940. En ligne.

ADCO, PER 160, Le Bien Public, 18.06.1999, 21.12.1999, 3.05.2000, 13.08.2003.

Archives familiales Blondan, crédit photographique, droits réservés.

 

Bibliographie

 

BLOCH, Marc, L'étrange défaite, Franc-Tireur, 1946.

BRUGE, Roger, Les combattants du 18 juin, Fayard, 1982-1989, 5 tomes.

FRIESER, Karl-Heinz, Le mythe de la guerre-éclair : La campagne de l'Ouest de 1940, Belin, 2003, trad. de l'allemand, 480 p., cartes.

GANTHERET, Marcel, L’esprit sportif et l’aventure, Dijon, Les Pimentiers, l’auteur, 1974, 197 p.

GUERREAU, Bernard, en collab. avec Eugène MARLOT, Jean Bouhey ou la rectitude d’un réformiste : Biographie politique d’une grande figure bourguignonne, Dijon-Quetigny, Darantière, 1985, 222 p., préface d’Alain Savary, Compagnon de la Libération.

MARCOUIRE (par et préface du colonel), « Historique du 227e RI », in Amicales des anciens du 227e RI (1939-45), Annuaire, Valence, Ed. Gilco, 1950, p. 8-27, avec extraits de Feldzeitung der Moselarmee (Journal de campagne de l’Armée de la Moselle), 23.06.1940. [Brochure conservée in ADCO, 1 J0 64].

MARTIN, Jacqueline et Paul, Ils étaient là… : L’armée de l’Air, sept. 39-juin 40, Aéro-Editions, 2001, 352 p., ill.

ORDIONI, Pierre, Les cinq jours de Toul, Laffont, 1967 (1ère éd., 279 p). et 2001 (2e éd. augm., 287 p., photos).

QUÉTEL, Claude, L’impardonnable défaite, 1918-1940, Lattès, 2010, 411 p.

SARTRE, Jean-Paul, Carnets de la drôle de guerre, sept. 39-mars 40, Gallimard, 1995 (éd. augm.), 673 p.

 

Remerciements

 

C’est avec plaisir que nous adressons nos remerciements à Édouard Bouyé, directeur des Archives départementales, pour sa confiance, à Frédéric Petot pour son savoir-faire, ainsi qu’à Océane Raillard (mise en page) et Jérémy Penotet (graphisme) pour leur méticulosité.

 

Qu’ils soient remerciés pour leur don d’archives

 

Quand, en 1999, nous avons rencontré MM. Gantheret et Romand, nous menions des recherches à caractère familial. Un jour, nos échanges portèrent sur la conservation des archives dont ils étaient les derniers détenteurs, celles de l’Amicale du 227e RI, leur régiment en 39-40. Au sein de cette Amicale régimentaire, ils avaient partagé des souvenirs, honoré la mémoire des camarades morts, rassemblé textes et photos. Désormais, ils s’inquiétaient du devenir de leurs précieux documents, craignant qu’ils ne disparaissent à jamais. Selon leurs propres mots (Le Bien Public, 21.12.1999), ils voulaient accomplir « le devoir de mémoire » au profit des générations futures, d’autres familles, de chercheurs, d’historiens. Mais comment procéder ?

Notre réponse les tranquillisa. La procédure fut simple : un rendez-vous fut ménagé avec le directeur des Archives départementales d’alors, Gérard Moyse. Puis les archives de l’Amicale régimentaire furent remises aux services de la rue Jeannin qui les traitèrent.

Finalement, le 20 janvier 2000, Marcel Gantheret nous souhaitait une bonne année tout en ajoutant : « les archives de l’amicale ont reçu la cote 1 J0 64 ».

Le 18 mars suivant, Marcel Gantheret décédait. Armand Romand, lui, s’est éteint en 2003. Tous les deux étaient bien connus à Dijon et au-delà. Le premier avait été directeur du CREPS de Mirande durant près de 30 ans. Et le second avait consacré sa vie au Cercle laïque dijonnais, sis 5 rue des Fleurs. L’un et l’autre étaient des anciens de l’école normale d’instituteurs de Dijon. Le Bien Public leur a consacré deux notices nécrologiques, les 3 mai 2000 et 13 août 2003.

En souvenir et remerciement de leur geste généreux, nous leur dédions ce Document du mois.
Puisse leur initiative être reprise par d’autres familles désireuses d’enrichir encore ce petit et précieux fonds d'origine privée.

 

 

Michel Blondan
Docteur en droit, Histoire du droit et des institutions

 

Archives départementales de la Côte-d’Or

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