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Archives départementales de la Côte-d'Or

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Le document du mois de novembre - La famille Richard en Bourgogne

Les Archives départementales ont acquis en 2016, avec l’aide du Service interministériel des Archives de France et des Salaisons Dijonnaises, un important fonds familial.
Cet ensemble, très complet, d’un peu plus de 10 mètres linéaires, regroupe des documents allant du XVe au XIXe siècle ; il comprend des papiers des seigneuries et propriétés détenues par cette importante famille ayant marqué et traversé l'histoire du département.
L’index de inventaire très complet qui en a été dressé permet d’en découvrir la richesse et la diversité, tout comme les documents ici présentés, infime anthologie qui donnera néanmoins une idée des ressources que les chercheurs pourront puiser dans ce fonds inépuisable.


Échange de terres sous seing privé à Vesvrotte (4 avril 1746)

Il y a beaucoup de choses dans les archives de notaires, sous l’Ancien Régime, mais il n’y a pas tout. Preuve en est cette série d’échanges de terres sous seing privé entre Gilles-Richard de Ruffey, seigneur de Vesvrotte (commune de Beire-le-Châtel), président à la Chambre des comptes de Bourgogne et Élu de la noblesse aux États de Bourgogne.
Ce magistrat, ayant hôtel à Dijon et château à la campagne, entend remembrer ses terres ; il procède à tellement d’échanges avec ses voisins qu’il éprouve le besoin d’imprimer un formulaire ad hoc, qu’il complète de sa main et auquel il donne une cote « M 21 ». Les parties s’en remettent à « dire d’experts » en cas de litige, jusqu’à ce qu’une durée de « trente années » entraîne la pleine propriété. Gennelot, le manouvrier qui échange sa terre avec le Président, signe d’une croix.

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Au sujet de la vigne de Clavaillon, à Puligny (13 février 1754)145 J 054-03

La richesse du fonds Richard, ce sont aussi les papiers relatifs à leurs biens antérieurement à leur entrée dans la famille. L’arbre généalogique trouve sa déclinaison dans le fonds d’archives, et les épouses arrivent avec, en plus de leurs dots et de leurs biens, les archives qui les fondent en droit.
Anne Marie Thérèse Françoise Rigoley, dame de Puligny, épouse en 1744 le marquis d’Agrain. Une petite-fille de ce couple, Eudoxie, épousera en 1832 Alphonse Richard de Versvrotte. C’est ce mariage de 1832 qui nous vaut d’avoir, dans le fonds Richard, un important dossier sur la seigneurie de Puligny, où l’on voit mentionner des parcelles qui sont aujourd’hui des noms fameux de premiers crus de ce terroir, à deux pas des quatre grand crus que compte la commune de Puligny-Montrachet, et qui tous quatre portent le nom de Montrachet.
La lettre envoyée par son procureur d’office à « Monseigneur Rigoley premier président à la Chambre des comptes, seigneur de Puligny, en son hôtel à Dijon » porte sur l’estimation de la « valeur de la vigne de Clavaillon », comprise dans la vente prévue à M. de Balleure. Le procureur d’office donne au seigneur quelques noms de personnes susceptibles de servir d’expert pour cette estimation ; il se borne à signaler que « la vigne de Clavaillon a été négligée, qu’elle est en mauvais etat et qu’il y a des reparations considerables a y faire. »
Ce document souligne combien une correspondance d’affaires contenue dans un fonds familial, d’apparence anodine, est une source de premier plan pour l’histoire des climats de Bourgogne sous l’Ancien Régime et au XIXe siècle.

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Une carte de la Laponie norvégienne (fin du XVIIIe siècle)

Charles Richard de Vesvrotte (1757-1840), grand bailli du Dijonnais, a laissé de ses nombreux voyages dans toute l’Europe des dossiers bien complets qui illustrent la curiosité d’un voyageur des Lumières.
En 1792, il explore la Laponie et copie « pendant son voyage » une carte du « baillage de Vardhus ou Finmarck, par Torkil Fielstet, baillif de Finmarck. »
Le comté de Finnmark est le plus septentrional et oriental de Norvège. Il s’agit du point le plus septentrional de l’Europe continentale.
Cette carte à l’encre et au lavis était un moyen de s’approprier la Laponie qu’il visitait, et de documenter son voyage et les choses qu’il y avait vues.
Tandis que Charles Richard de Vesvrotte voyage en Laponie, son frère Frédéric Henri Richard de Ruffey est aux prises avec la justice révolutionnaire.

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145 J 9

Plan d'un château disparu : Ruffey-lès-Beaune (2e moitié du XVIIIe siècle)

Cet ensemble de corps de bâtiments, disposés en carré et entourés de douves, est agrémenté d’un jardin à la français bordée d’une allée et de la Lauve, rivière alimentant un moulin. Tous les objets mobiliers en sont vendus une semaine avant l’exécution de Frédéric Henri Richard (1750-1794).
Dès 1826, sur le cadastre de la commune, ne figurent plus que des épaves du château et les bâtiments du moulin, qui tous, d’ailleurs, existent encore, deux siècles plus tard. Seul le nom de la « rue du Moulin » rappelle ce qui fut probablement une très bel ensemble, auquel rend justice le plan dressé pour Richard, qualifié en 1794 par le tribunal criminel du département de « l’aristocrate le plus cynique et le plus dangereux du département ».

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145 J 008-15Du rififi dans la remise du comte de Vesvrotte (1829) 

Entre le XVIIe et le XIXe siècles, il n’est pas rare que les mémoires produits à l’occasion de procédures soient imprimés pour en assurer la diffusion.
Ce qui amène le comte de Vesvrotte à produire ces 38 pages est un procès civil l’opposant à un entrepreneur à propos de malfaçons à la remise de son château de Beire-le-Châtel. Elle a été construite trop basse, et les voitures s’y brisent.
Le mémoire est plein de vie, de verve et d’ironie. « Monsieur Saintpère, architecte de la Mission et de la Cathédrale » ? « J’étais un jour à Lux chez madame la duchesse de Saulx, où M. Saintpère, séduit par le voisinage de la rivière, se proposoit d’établir une espèce de grenouillère qu’il qualifiait de naumachie » ; le projet, ridicule, n’a pas de suite…
Jacques Caumont, maire de Beire-le-Châtel durant les Cent-Jours et architecte? « Tout le monde a connu à Dijon un homme porteur d’une monstrueuse infirmité consistant en une loupe aussi grosse que la tête, qu’il enveloppait d’un mouchoir de soie noire. » Il se prend comme de juste pour Napoléon : « Je répugnerais », écrit le comte de Vesvrotte, « à tracer ici un nom plus connu que celui de Caumont n’est ignoré. On connaît la puérile jactance de ce grand personnage, tellement affamé du besoin d’afficher sa gloire, qu’il affectait de dater de Moscou, Vienne et Berlin, la nomination du maire d’une bicoque, l’agrandissement d’un cimetière de village, ou tout autre acte aussi minutieux de son gouvernement. »
Après ces attaques ad hominem et ces considérations peu bonapartistes, Vesvrotte entre dans le vif du sujet, qu’il fait illustrer par une sorte de bande dessinée où les trois architectes commis experts, à défaut de parler, sont animés par la légende du dessin.
L’architecte Saintpère invite le cocher du comte à descendre de son siège en lui conseillant de remiser à bras ; le cocher, Joseph Herman, méprise cet avis. L’architecte Caumont prend des notes, tandis que le troisième architecte, Fénéon, lit les notes de Sivert, l’entrepreneur fautif.

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145 J 010-01Avoir le tombeau de Philippe Pot dans son jardin (1886)

Le tribunal de 1re instance de Dijon rend, le 9 août 1886, un jugement dans l’affaire du tombeau de Philippe Pot, opposant Pierre Marie Alphonse Richard de Vesvrotte et l’État français.
L’État revendiquait la propriété du tombeau du grand sénéchal de Bourgogne, qui, quoique se trouvant dans l’abbaye de Cîteaux, avait été expressément « réservé avec d’autres objets d’art par l’État ou ses représentants d’alors à l’époque de la vente des bâtiments et des propriétés appartenant à ladite abbaye, vente qui fut effectuée nationalement le 4 mai 1791. »
C’est donc de manière irrégulière que la famille Richard a pu détenir ce tombeau (acheté à un entrepreneur en 1808) et le conserver dans le jardin de l’hôtel de Ruffey (33, rue Berbisey) puis au château de Vesvrotte. C’est au moment de la tentative de vente que l’affaire se gâte, et que la possession devient moins paisible.
Les Vesvrotte, qui perdent leur procès en 1886 devant le tribunal de 1e instance, firent appel du jugement de 1886, obtinrent gain de cause en 1887, mais vendirent en 1888 le tombeau au Louvre, où il est depuis lors présenté au public.
Cette affaire n’est pas sans similitude avec celle du pleurant du tombeau du duc Philippe le Hardi, en main privée depuis deux siècles, mais néanmoins revendiqué par l’État car faisant partie d’une œuvre d’art expressément exclue de la vente nationale de la chartreuse de Champmol et, de ce fait, inaliénable et imprescriptible. Mais, en ce cas, le Conseil d’État a, par son arrêt du 21 juin 2018, donné raison à l’État.

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À quoi pense-t-on au matin de la guillotine ? (10 avril 1794)

Le jour de son exécution, Frédéric Henri Richard, président à mortier au parlement de Dijon (1750-1794), condamné comme agent des émigrés et contre-révolutionnaire, adresse des recommandations à sa famille, avec laquelle il entretient d’ailleurs une correspondance fournie depuis sa prison.
« Je prie ma mere ma soeur et ma femme de payer autant qu’il dependra d’elles les interest que je dois a des personnes pauvres pour des billets sous seing privé dont elles seront evincées. Ce 10 avril 1794. » Et au dos on peut lire « recomandation de mon fils, de mon cher enfant qui est au cielle ». Touchants témoignages d’un souci de justice à l’égard de pauvres que sa mort pourrait léser, et du souvenir de son fils mort jeune.

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